mardi 31 janvier 2023

N’Djamena : la saison des pluies ou le cauchemar des habitants

La saison de pluie ou autrement dit la saison de cauchemars des habitants de la ville de N’Djamena et ses environs semble avoir commencé cette année plutôt que prévue, car, les habitants ne seront pas, une nouvelle fois, au bout de leur peine. Certains citoyens seront obligés de patauger dans la fange pour vaquer à leurs activités quotidiennes. Des routes urbaines impraticables, des canalisations d’eaux ensevelies, des bassins de rétention semi-enterrés, des caniveaux bouchés, et la liste est longue. Beaucoup d’encres coulés et d’efforts ont été déployés pour limiter les dégâts et d’atténuer les lacunes, mais il reste encore un très long chemin à parcourir.

Pourtant une bonne partie de la ville de N’Djamena est à l’abri de ces tracasseries, pas parce qu’ils sont bien nés, mais parce que les bonnes solutions ont été adoptées et exécutées depuis des lurettes, ce qui rend leur quotidien plus aisé. Grâce au canal Saint Martin bâtit il y’a une cinquantaine d’années, la collecte et l’évacuation des eaux pluviales des quartiers tels que Bololo, Djambal Bahr, Mardjandafak se fait aisément sans beaucoup perturber le quotidien des habitants de ces quartiers. Avec sa station de pompage et les digues, les eaux pluviales sont déversées directement dans le fleuve Chari en cas des fortes pluies. Ce genre de canal est la solution idéale du défi saisonnier que la capitale fait face, et qui théoriquement, devrait être dupliquer partout où besoin se fera dans la capitale.

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Un autre canal d’évacuation des eaux pluviales se situe dans le centre géographique de la ville de N’Djamena, appelé communément le canal d’Ameriguébé, qui part des quartiers Est de la capitale, puis relié à son affluent celui de Pari-Congo grâce à des caniveaux bétonnés traversant Ridina,  pour se déverser finalement dans le fleuve Chari. C’est un canal à ciel ouvert, creusé au milieu des années 90 par l’entreprise  Bouygues , après le déguerpissent  de quelques concessions dont les habitants réclament toujours justice et compensation.

Canal d’Ameriguébé

Le schéma fonctionnel conçu et mis en œuvre à l’époque consiste à collecter les eaux des quartiers environnants par des réseaux de drainage jusqu’au canal, et puis grâce à la station de pompage des eaux située au bout du canal dans une zone connue sous le nom de Bour-tourné, les eaux seront pompées traversant Ridina, Paris – Congo et Ardep-Djoumal jusqu’au fleuve Chari. En théorie, ce schéma est idéal pour soulager le canal et la population riveraine en cas de crue, de gérer d’une façon pérenne la collecte et l’évacuation des eaux toutes saisons, mais la réalité est toute autre.

Commençant par le canal soi-même, dont l’état actuel est déplorable. Une perte d’à-peu-près de 40% de sa capacité initiale de rétention suites aux érosions annuelles, et a la négligence des autorités. Cet ouvrage est laissé aujourd’hui à l’abandon, et à la merci de l’incivisme de certains citoyens. Il sert comme un dépotoir d’ordures ménagères en partie et une végétation qui prends le dessus par manque d’entretien et de désherbage.

Ce canal fut un projet d’une grande utilité qui avait couté aux contribuables une somme d’un milliard de FCFA a l’époque, mais qui se détériore aujourd’hui au vu et au su de toutes les mairies concernées, en l’occurrence la mairie centrale en premier lieu et celles du 4eme et 5eme arrondissement.

Depuis sa construction en 1995, le canal n’a bénéficié d’aucuns travaux d’entretien ou de maintenance. Ces détériorations citées ci-hauts sont les conséquences directes des crues jusqu’aux inondations répétées qui mettent en danger la vie des populations vivants aux bords du canal. Une vue aérienne du canal permet de voir l’ampleur de ce rétrécissement.

La station de pompage n’est pas à l’abris non plus, ensevelie sous terre et les ordures cumulées au fur des années, l’état de fonctionnement des machines est inconnu, car elles sont en arrêt depuis des années sans explications. Les locaux servent de demeure aujourd’hui pour la sentinelle.

Une vue aérienne du canal

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Un autre canal qui nous intéresse est celui de Ndjari construit début des années 2000 sur un financement de l’AFD. Il traverse plusieurs quartiers de la capitale et prend fin vers Lamadji, muni d’une station de pompage et un bassin de rétention à son extrémité. Ce canal, malheureusement n’est pas mieux que celui d’Amriguebé, malgré qu’il soit plus petit, à ciel ouvert et bâti en 3 faces bétonnées, il reste en sal état. Couvert de terre et d’ordures, il sert également comme dépotoir sauvage d’ordures ménagères sous le regard de la mairie du 7 et 8eme arrondissement. Ce canal dont un accotement sur deux est aménagé par une voie bitumée, équipée de garde-fou pour assurer la sécurité collective de la circulation routière. Toutefois, la voie bitumée est en ruine aujourd’hui comme beaucoup d’autres de la capitale, et les garde-fou sont en majorité détériorés ou inexistants, mettant en danger le trafic. C’est l’illustration parfaite de l’état de beaucoup d’infrastructures publiques peu maintenues.

Des solutions d’urgence à adopter

Pour des solutions à court terme et moins couteuses, Il devient urgent dans les prochaines semaines et avant les pluies intenses, de lancer les travaux de remise en état. Pour le cas du canal d’Ameriguébé, il convient de faire des gros travaux de curage et terrassement afin de lui restaurer sa capacité de rétention initiale perdue avec le temps, de couper la flore sauvage, et éventuellement réparer et mettre en service la station de pompage.

Il devient aussi impératif de veiller au maintien de la salubrité du canal, en mettant en place des agents municipaux afin d’interdire, de traquer et sanctionner les incivilités des uns et autres. Les travaux d’entretien et de maintenance doivent être aussi envisager pour assurer le bon fonctionnement dans le temps, car tous ces dégâts cités ci hauts sont les conséquences directes de l’absence d’entretien et de maintenance.

Station de pompage

Pour le long terme, l’état du canal actuel nécessite un aménagement plus moderne afin de lui associer d’autre activité vu l’espace qu’il occupe. Il peut être bétonné sur tous les côtés afin d’éviter les érosions et la poussée des mauvaises herbes. Les chemins sur les rives du canal nécessitent aussi des travaux afin de permettre la circulation en toute saison. Une autre solution est possible et consiste à aménager le canal pour qu’il soit complètement fermé à l’instar du canal Saint Martin, et profiter de l’espace créer en surface pour en faire des lieux de rencontre et de divertissement.

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Son affluent situé entre  Ardep-djoumal et Paris Congo appelé canal des jardiniers est en cours de préparation pour un grand aménagement dénommé projet d’aménagement du canal des jardiniers toujours sous un financement de l’AFD.

La conception est confiée à l’atelier Urbaplan, qui consiste à réhabiliter le canal depuis Paris-Congo, jusqu’à Ardep-djoumal, de réduire son volume en créant un canal en 3 faces bétonnées à ciel ouvert, et d’aménager les surfaces aux alentours pour créer des terrains des jeux, des commerces et des espaces verts. Il est judicieux donc d’associer le canal d’Ameriguébé au projet d’aménagement du canal des jardiniers, car utilités et les nécessités sont les mêmes.

En général, il faut mécaniser la gestion des eaux pluviales avec des stations de pompages locales et centrales, d’adopter des solutions plus intelligentes pour pouvoir utiliser cette importante quantité d’eau dans d’autres projets d’irrigation comme beaucoup d’autres pays en font.

Ahmat Adam

Ahmat Adam est un jeune ingénieur tchadien. Fort de plusieurs années d’expériences dans la construction et montage des projets. Il a effectué son cursus universitaire entre la France et la Chine. Diplômé d’un Bachelor en Génie Civil en République populaire de Chine et d’un Master à l’école d’ingénieur Polytech de Lille en France, il fait carrière chez le géant mondial du BTP Bouygues construction en tant qu’ingénieur principal. Depuis quelques années il intervient régulièrement sur les thématiques liées aux infrastructures des pays en développement, et le Tchad en particulier avec des approches nouvelles. Il livre ses analyses et solutions sur les entraves qui minent le développement de ce secteur au Tchad.

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