Journée de la presse : des journalistes victimes des bavures policières témoignent

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MEDIA – Au Tchad, les journalistes ont du mal à exercer leur métier. Ils sont souvent pris à partie par les forces de l’ordre lors des couvertures des manifestations. En ce jour du 3 mai 2021, une date  qui marque la journée de la liberté de la presse, quelques-uns, victimes des bavures policières, partagent l’expérience de leurs arrestations.

Nous étions en pleine formation à la radio FM liberté et du coup on nous a informés que les éléments du GMIP (Groupement mobile d’intervention de la police, ndlr)sont devant la radio. Quelques minutes après, ils ont pénétré dans la salle où nous étions et commencé à nous tabasser et injurier et en demandant de monter dans leurs véhicules sans donner des explications. Nous étions vraiment paniqués“, se souvient Mornon Justine, journaliste à la radio Oxygène. Et le traumatisme est encore vivant pour cette jeune reporter. “Pour moi, ce qui s’est passé l’autre jour était un souvenir inoubliable. Jusqu’à là, je n’arrive pas toujours à me ressaisir, quand je vois les véhicules de ce groupement, j’ai la chair de poule“, rapporte-t-elle. 

Nous étions pieds nus, des injures ça et là, des intimidations par là. Je me demande est-ce ces policiers sont-ils vraiment des Tchadiens?” conclut Mornon Justine.

Abdoulaye Vangtou, journaliste à la radio Arc-en-ciel, a été également victime des bavures policières lors de cette même scène au sein de la radio Fm Liberté. “Nous étions pris dans les locaux de la radio FM liberté. C’est le directeur général des renseignements généraux en personne qui a intimé l’ordre de tirer sur les gens à l’intérieur de la radio”, renseigne Abdoulaye Vangtou. “Il leur a ordonné de me passer à tabac parce que je l’enregistrais et le filmais. J’ai été roué de coups accompagné de coups de crosse dont je garde jusque-là la blessure sur la tête. Ensuite, on était conduit à la direction des renseignements généraux pour être jeté en cellule pendant au moins deux heures avant qu’on nous fasse ressortir enfin“, récite-t-il.

Lapia  Beati, journaliste au quotidien Le Progrès, a été arrêté par les gendarmes avant d’être remis aux policiers du commissariat d’ordre public (COP) n°15, puis transféré au COP13. Il a été torturé avant d’être relâché le soir de la même journée. Alors qu’il était habillé de son gilet de travail. Il dit n’avoir pas jusqu’à preuve du contraire compris les motifs de son arrestation. “Personne ne m’a dit clairement ce qu’on me reproche. Toujours est-il que j’étais sur les lieux habillés du gilet qui a été confectionné et mis à la disposition des organes de presse par la HAMA“, dit-il, confus.

Je couvrais la marche du consensus d’action républicaine organisée, le samedi 13 février 2021. Arrivé sur l’avenue Mathias Ngarteri, appelée communément axe CA7, j’ai été copieusement pris à partie par les forces antiémeutes du Groupement mobile d’intervention de la police“, témoigne de son côté Aguidé Modeste, journaliste à Sahara TV. D’après lui, l’un des policiers et auteur de cette bavure, l’accuse d’avoir filmé avec un appareil. “Dans la foulée, mon matériel de travail endommagé et j’ai subi des sévices corporels dans des conditions humiliantes et dégradantes”, décrit Aguidé Modeste. Il précise qu’il était journaliste  à la radio Oxygène quand il a  été victime de cette forfaiture.  Selon Aguidé Modeste, cette bavure sur les journalistes constitue un recul en matière de liberté de presse. “Nous demandons aux nouvelles autorités d’assurer un climat de sécurité aux hommes de médias d’exercer et de leur faciliter l’accès à l’information“, implore-t-il.

Selon le dernier classement de Reporter sans Frontières (RSF), le Tchad occupe la 123e place sur 180.

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