INTERVIEW – A l’instars des autres pays du continent qui ont mis en place des zones économiques tels que le Benin et le Gabon, le Tchad mise sur la promotion de l’Agro business et d’autres filières porteuses. Dans une interview exclusive, le DG de l’AAZES, Ousmane Abdramane Djougourou, explique le processus entamé qui se veut inclusif et devra déboucher sur la création à terme de 45000 emplois au Tchad.

Peut-on avoir un aperçu des missions assignées à l’AAZES ?

Les missions assignées à l’Agence d’Administration des zones Economique spéciales en tant qu’établissement public à caractère industriel commercial sont assez explicites.IL s’agit d’organiser et programmer le développement et de promouvoir et de superviser les zones économiques spéciales implanter sur toute l’étendue du territoire national

En de termes clairs, c’est à l’AAZES qu’incombera la lourde responsabilité de veiller à ce que les mesures incitatives prévues pour l’attrait des investissements directs tant nationaux et qu’étrangers soient traduites dans les faits. Car la finalité est que les entreprises qui s’installeront dans les ZES puissent tirer leurs épingles du jeu et aussi et surtout créer des emplois pour résorber le taux sans cesse croissant de chômage dans notre pays. Il est clair que lesdites zones économiques s’érigeront en pôles pourvoyeurs par excellence d’emplois décents.

L’actualité nous renseigne qu’au dernier conseil extraordinaire des Ministres, 11 terrains situés dans 5 provinces ont été affectés à l’AAZES, à quoi serviront ils ?

Je vous remercie pour l’intérêt que votre organe de presse accorde au processus de mise en place des zones économiques spéciales entamé par le Tchad. Le fait que l’affectation de ces 11 terrain d’une superficie globale de 11.516 ha ait été faite au cours d’un conseil extraordinaire des ministres atteste à suffisance de l’importance que revêtent lesdites Zones. Elles sont dédiées travers des mesures incitatives particuliers dont l’AAZES L’application incombe à l’AAZES, à booster. L’industrialisation du pays dans l’optique de créer suffisamment d’emplois décents et permettre ainsi de pallier un tant soit peu à l’absorption de la main d’œuvre locale.

Les terres seront- elles arrachées au profit des multinationales sans tenir compte des autochtones ?

Ne mettons pas la charrue avant les bœufs. Personne ne perdra sa terre. Il s’agira de rendre notre terre plus productive à travers un partenariat public privé axé sur l’industrialisation. L’AAZES est encore en phase d’installation et préconise en temps opportun des sessions d’échanges dans les zones des sites pressentis pour abriter une ZES. Nous avons besoin de bâtir un pays économiquement viable doté d’un tissu industriel adéquat. Tout ce qui est nouveau fait peur et c’est un peu normal mais nous avons le devoir de bâtir notre pays et surtout d’offrir des opportunités d’emplois à nos jeunes.  Le Gabon et le Togo exploitent respectivement le bois et le textile dans les conditions similaires et s’en sortent à merveille. Le Tchad fera pareil en mettant en exergue la filière Bétail-viande où vous conviendrez avec moi, il a un avantage concurrentiel indéniable.

En termes d’emplois, que peut espérer le Tchad avec l’implantation prochaine de ces cinq zones ?

A terme, il s’agira de créer 45000 emplois majoritairement au profit des nationaux. Cet objectif louable ne pourrait être atteint qu’avec l’implication de toutes les parties prenantes dans ce processus. Et l’AAZES mettra conjointement avec ARISE une stratégie de sensibilisation de masse afin d’informer les populations des zones concernées ainsi que leurs impacts en termes d’avantages sociales et économiques.  Elles doivent savoir que le développement de ces terroirs que le Gouvernement appelle de tous ses veux se fera avec le précieux concours des autochtones qui seront des acteurs et non des spectateurs comme le spéculent certaines personnes mal renseignées.

Les populations du Logone Oriental faisant allusion à l’exploitation du pétrole laissent entendre que lorsqu’on a été mordu par le serpent, il faut craindre la corde. N’ont –elle pas raison ?

Une zone économique n’est pas une industrie extractive. Il n’y a donc pas lieu, à mon avis, de faire des comparaisons et de s’alarmer outre mesure. C’est une plate-forme commerciale composée d’un espace aménagé, d’infrastructures énergétiques et de télécommunications, des voies de communication ; d’infrastructures sanitaires et sécuritaires au sein duquel opère une ensemble d’industries. C’est un ensemble de Zone commerciale, zone franche et zone industrielle. Je comprends leurs inquiétudes ou leurs méfiances mais ils doivent savoir qu’il ne s’agit pas de la même chose pour la simple raison que les ressources seront apportées d’ailleurs pour y être traitées, conditionnées en vue de leurs exportations. Mais rien à ma connaissance ne sera tiré du sous-sol de la localité qui va accueillir la ZES à part bien évidemment l’eau nécessaire à ses opérations. Il faut noter que dès le début d’aménagement, commenceront également la formation de la main d’œuvre locale car les entreprises qui s’y implanteront absorberont ladite main d’œuvre en priorité.

Quel profil faut-il avoir pour travailler au sein de la zone économique ?

N’importe qui peut travailler au sein de la ZES. Ouvrier, diplômé sans emploi, maçon, cultivateur, qu’importe votre cursus. Chacun est susceptible de recevoir un minimum de formation et pouvoir travailler à la ZES. Au Benin, on a même vu les revendeuses de nourriture et des réparateurs de motocyclettes se convertir en employés des ZES. Il faut dire que les fils et filles du terroir réputés travailleurs se mueront en acteurs de développement. Et d’ailleurs, très bientôt, l’AAZES entamera de concert avec Arise, une campagne de proximité pour que les populations comprennent les enjeux de cette nouvelle donne économique dont le Tchad ne saurait se soustraire.