Portrait : Hakim Ouzzani directeur général de la Société Générale du Tchad

Premier Africain nommé directeur général de la Société Générale Tchad, Hakim Ouzzani a réussi, en moins de quatre ans, à en faire un leader, dans un pays encore faiblement bancarisé. Sa politique: concilier le dynamisme d’une start-up et la stratégie à long terme. 

Après ses études à Tunis où il suivait un troisième cycle en Finances et banques, Hakim Ouzzani entre à la Banque centrale d’Algérie en 1997, en qualité de chef d’études à la direction générale du crédit. « Je n’y suis pas resté bien longtemps, car malgré ce que j’y ai appris, je restais assez éloigné de l’activité bancaire à proprement parler », se souvient-il. Ce passage de presque deux années lui permet de développer une vision transversale du secteur bancaire, de l’angle de vue du superviseur. Il rejoint une banque privée algérienne où il exerce en tant que directeur corporate, puis comme directeur général d’intermédiation en Bourse. En 2002, Hakim Ouzzani répond à l’appel de la Société Générale Algérie. Celle-ci est encore à ses débuts.

Directeur du développe-ment du réseau, il s’active à ouvrir les premières agences de province, notamment à Oran et à Blida. Après ce passage, il est nommé à la direction commerciale, puis devient directeur général adjoint en 2006. Des projets, dont la refonte de la gouvernance de la Société Générale Algérie en 2008-2009, lui permettent de prendre de la hauteur par rapport à la gestion opérationnelle et de développer des compétences encore plus transversales sur des métiers tels que l’audit, le contrôle permanent, la fi nance, etc. Durant toute cette période, le développement de la Société Générale se poursuit et son organisation s’adapte constamment aux nouveaux enjeux stratégiques et à sa taille qui en fait déjà la première banque privée d’Algérie. En 2011, lorsqu’il quitte Alger pour N’Djamena, il laisse une banque forte de 1 500 collaborateurs, de plus de 80 agences et déjà leader des banques privées sur ses marchés cibles.

Premier réseau bancaire

À la nomination de Hakim Ouzzani, la Société Générale Tchad pointait à la troisième place sur le marché local. Près de quatre ans plus tard, la donne a changé. « Même si nous ne sommes pas dans une course aux chiff res, nous sommes, depuis fi n 2014, le premier réseau bancaire au Tchad avec 17 agences opération-nelles (une 18e est en chantier), contre à peine huit agences en 2012. » Sa banque est ainsi leader en monétique avec la gamme la plus large tant en émission qu’en acceptation de cartes : Visa, Master- Card, CUP, American Express, etc.

Elle a développé l’offre de crédit scolaire à taux zéro dont le succès va grandissant. Elle a été la première à déployer les TPE GPRS à N’Djamena. Elle a largement progressé en termes d’innovation par le SMS Banking avec l’option vocale, le développement du cash management et de la banque à distance pour les entreprises, etc. Le capital est détenu par la Société Générale France (40 %), la Société Générale Cameroun (26 %), l’État tchadien (20 %) et des petits actionnaires institutionnels ou privés du Tchad (14 %). Les fonds propres oscillent entre 13 et 14 milliards de F.CFA.

Les derniers chiffres placent la Société Générale Tchad à la deuxième place en termes de crédits (127 milliards de F.CFA) et quatrième en dépôts (près de 107 milliards de F.CFA). Mais ce n’est pas ce qui préoccupe le plus Hakim Ouzzani, qui considère qu’il reste encore tellement de choses à faire. « En tant que fi liale de la Société Générale, insiste-t-il, notre ambition est d’être reconnue comme la banque de référence pour la qualité de sa relation clients et celle de ses collaborateurs. Notre stratégie consiste notamment à garder le leadership sur les marchés que nous ciblons et à mériter chaque jour la confi ance de nos clients par notre qualité de services et celle de nos off res de produits et de solutions innovantes. »

Vision start-up et stratégie

Le patron de la Société Générale Tchad se définit comme un « manager plus colla- boratif que dirigiste ». Et un leader qui aime conduire de nouvelles expériences, ne pas rester dans des sentiers battus tout en gardant les pieds sur terre. Son idéal de management ? Une conjugaison du modèle inhérent aux grands groupes internationaux (capables de suivre stratégie à long et moyen termes) et de la vision start-up (partir d’une petite idée pour construire quelque chose de grand). « Je gère une entité d’envergure, mais je garde toujours un esprit de start-up pour décrocher toute nouvelle idée qui pourrait apporter du changement », explique Hakim Ouzzani. Son mandat devait finir en juin 2015, mais la direction de Paris lui a accordé un an de plus.

« Apparemment, je n’ai pas fini mon travail ici », glisse-t-il dans un grand sourire. À la tête de l’Association professionnelle des établissements de crédits du Tchad (APEC), depuis 2013, Hakim Ouzzani essaie d’améliorer l’exercice de la profession bancaire. Un tableau de bord bien documenté a été ainsi mis en place, il résume chaque mois les activités des huit banques de la place. Une charte intra-bancaire sur les risques est en cours d’élaboration, ainsi qu’une autre pour harmoniser la vision des banques sur des aspects juridiques telles que les saisies-attributions.

« Ce n’est pas toujours évident, reconnaît le président de l’APEC, mais nous arrivons progressivement à mettre en place des outils, des échanges qui permettent d’assurer une meilleure compréhension entre confrères banquiers et de mieux défendre les intérêts de la profession. » Le marché bancaire au Tchad est aujourd’hui dans une conjoncture diffi cile ; la chute des cours du pétrole aff ecte le budget de l’État et la trésorerie des banques. « Il n’y a pas trois ans, elles étaient toutes dans une situation de surliquidité, aujourd’hui nous sommes confrontés à des sous-liquidités, avec globalement des recours à des refi nancements de divers ordres que ce soit auprès de la banque centrale, d’autres fi liales de groupes ou des banques entre elles quand c’est possible », déplore-t-il.

Au Tchad, le taux de bancarisation reste très faible (entre 7 % et 10 %). Pour le relever, il n’existe pas de solution miracle, reconnaît « le banquier des banquiers » tchadien, qui conseille plutôt un meilleur déploiement du réseau bancaire dans le pays, une formalisation de pans importants de l’économie et un assainissement du climat des aff aires. « C’est le développement qui fera la bancarisation. Et la bancarisation n’est pas uniquement le fait des banques, mais de tout un système économique et juridique qui peut aller ou pas dans le sens de l’amélioration du taux de bancarisation d’une population ».

À 45 ans, ce père de trois enfants et grand amateur de golf, consacre également ses heures libres à lire des livres sur la stratégie, la psychologie et la maîtrise de soi. « Il ne faut pas se fier aux apparences dans tous les événements que nous pouvons avoir dans notre vie privée ou professionnelle. Dans une situation où tout porte à croire que vous êtes en faiblesse, vous devez tout mettre à profit pour la retourner à votre avantage et vous mettre en position de force », conclut-il.

Avec Le Magazine de l’Afrique

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