Tchad : « Il nous faut une politique cinématographique bien encadrée et des administrateurs clairvoyants », Issa Serge Coelo

Interview – Durant le mois de janvier, la rédaction de votre site Tchadinfos.com s’est penchée sur le cinéma tchadien, à travers une série d’articles. Il a été question entre autres, des maux qui minent le secteur, ses acteurs, ses potentialités ainsi que l’importance pour l’Etat d’investir dans le cinéma. Pour clore ce dossier, nous donnons la parole à l’une des têtes d’affiche du paysage cinématographique tchadien,   Issa Serge Coelo, cinéaste, producteur et directeur du cinéma Le Normandie.

Peut-on parler de cinéma au Tchad ?

Non. Le cinéma est une économie qui dépend d’une industrie. Il nous faut une politique cinématographique bien encadrée et des administrateurs clairvoyants (Une direction du cinéma, des salles de cinéma, des sociétés de production, un fonds d’aide à la production, une école de cinéma). Nous sommes très loin d’un cinéma tchadien. On peut parler de films tchadiens.

Comment appréhendez-vous le paysage cinématographique au pays de Toumaï ?

Nous sommes des pionniers qui avons commencé il y’a vingt-cinq années. Depuis lors une nouvelle vague cherche à dessiner les contours d’un cinéma sans aide, sans formation et sans vision. L’énergie débordante dont elle fait montre va sans nul doute aboutir à créer un nouvel environnement. Je me bats depuis 1995 à trouver ne serait-ce qu’une autorité de l’État pour poser les jalons de notre cinéma, mais hélas, deux mille fois hélas … 

Qu’est-ce qu’il faut pour l’éclosion et l’épanouissement du 7ème art au Tchad ?

Il nous faudrait juste 5 cinéastes travailleurs et avec des idées. On pourrait tenir encore quelques années avant d’en avoir une dizaine supplémentaire. Il nous faut surtout un fonds d’aide à la production. Le Sénégal a mis à l’actif de son cinéma trois milliards dans le budget de l’Etat. Ce pays a compris les fondamentaux des enjeux de la diversité culturelle pour ne plus être dominé par les images venant d’ailleurs. Créons une direction du cinéma (exclusivement) en la dotant de cinq cent millions par an. Vous verrez en qu’en dix années, l’image du Tchad sera moins négative, le public consommera ses films avec moins de retenue, une diffusion plus régulière sur les télévisions du pays, avec une économie audiovisuelle réelle qui se mettra en place. Tout cela n’est que positif pour nous et le pays non ? Mais alors qu’est-ce qu’on attend ?

Quelle est la place de la jeunesse dans ce processus du cinéma ?

Les jeunes devraient avoir de la curiosité intellectuelle avec une excellente base de culture générale pour parvenir à nous hisser vers le haut. Les jeunes ne devraient pas avoir peur des filières artistiques. Elles nourrissent l’homme souvent mieux que dans l’administration. Par contre, la jeunesse tchadienne adore les films tchadiens et ça c’est déjà un début de solution. 

Quel est le genre que vous préférez entre la fiction et le documentaire ?

Je suis plus fiction dans mon domaine mais j’admire le documentaire et le reportage d’investigation.

Pourquoi notre seule salle de cinéma a fermé ses portes?

Seules les projections sont arrêtées. Nous ne trouvons plus d’appui financier pérenne de l’Etat ni du secteur privé. Nous louons des films qui sortent le même jour à Londres et à N’Djamena. Cela nous coute cher et depuis la crise sociale, le public n’est plus au rendez-vous : éloignement de la salle par rapport aux quartiers populaires, cout du billet et insécurité. Ce sont les trois facteurs qui sortent du lot d’après mon propre sondage.

Autrement la salle ré-ouvrira pour les manifestations culturelles. Nous regrettons au passage qu’un festival comme Dary n’ait inclus dans sa programmation le cinéma. Nous aurions alors ouvert la salle aux néophytes qui ne connaissent pas le Normandie en projetant des films qui parlent de notre Tchad.

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