Festival Dary : voici cinq artistes qui ont marqué l’événement

Festival Dary : voici cinq artistes qui ont marqué l’événement

Le Festival Dary a pris fin le 02 janvier 2019 laissant ses fantômes hanter à jamais la Place de la Nation et la mémoire collective des Tchadiens. Cet événement promu comme étant le plus grand événement de l’année 2018 par les organisateurs, n’a pas démérité son marketing. Tchadinfos livre ses lauriers aux acteurs du festival, spécialement aux artistes de la scène qui ont émerveillé le public, le long de ces douze jours de communion et de cohésion pendant ce qu’il conviendrait d’appeler Les Nuits Dary. Darsila Le 22 décembre, Darsila était la tête d’affiche du concert de Dary. Il est impossible de parler du Festival sans évoquer ce concert. D’abord parce qu’il s’agit du premier jour et nous le savons tous, c’est une période charnière. Celle qui installera les bases des jours à venir, renforçant soit les pessimistes ou les optimistes. Ce premier jour, rien n’était acquis. Si Darsila ne réussissait pas son coup, Dary en pâtirait. Et Darsila réussit. Il était ici question de savoir si le public pouvait en ce lieu, en ces heures, se lâcher, oublier le temps d’une musique, d’une playlist les soucis du quotidien, les querelles malsaines… La voix de Darsila s’élevait haut quand sur le bitume de la Place de la Nation, le public dansait, il oubliait tout. Cette foule n’était que sourire, dans un désordre enivrant au bout duquel, tout N’Djaména pouvait désormais dire : Dary a commencé. Cidson Alguewi Cette frénésie du premier jour a permis d’attirer de plus en plus de monde à la Place de la Nation chaque soir. Défiant le froid, les N’Djaménois sont venus tour à tour regarder, espionner, s’interroger, faire des rencontres… le tout dans la bonne humeur. Le prochain tournant des Nuits du Dary c’est Cidson Alguewi qui l’a effectué. L’artiste, tête d’affiche le 25 décembre pour la fête de Noël, engage son public dans un concours de danse. Cette interactivité, c’est ce qui manquait à Dary jusque-là et Cidson venait de trouver la formule. Un bon concert tient aussi à son public. La scène doit être collective et inclusive. Cidson avec sa maitrise de la scène, l’a démontré. Chapeau l’artiste !! Dadju Dadju sur scène au festival Dary Probablement le concert le plus évoqué s’agissant du Festival Dary. Il l’a été avant, pendant et après sa tenue. L’arrivée de Dadju, le chanteur français, adulé des filles, était en soi un événement. Il personnifie assez bien Dary car il aura été l’événement de tous les extrêmes. Le plus critiqué mais aussi le plus plébiscité. Le plus attendu mais aussi le moins maitrisé. La plus forte affluence mais pas la plus forte interactivité. Ce n’est pas le talent de Dadju qui est mise en cause, ce n’est pas le concert qui a été survendu. Le concert a été l’occasion de rappeler, parfois bruyamment, la forte connivence politique et la portée du festival. Ce fut aussi un tournant pour le Festival. En étant obligé d’organiser un second concert pour corriger les débordements de la veille, les organisateurs ont démontré leur flexibilité et capacité d’adaptation. Le 27 décembre, la sécurité a été débordée par les plus de 50.000 spectateurs venus voir le Prince Dadj et des scènes horribles, ont eu lieu. Le lendemain, Dary n’était plus le même. La réputation s’effritait. Le lendemain, le public nombreux mais peu significatif par rapport à la veille, était hésitant. Il fallait contenir les démons d’hier et embrasser les jours suivants. L’air était pesant mais assez poreux pour laisser échapper les cris de joie, les reprises et les pseudo sample des spectateurs. Des voix qui s’élevaient dans le ciel de N’Djaména comme les cendres desquelles le Phoenix de Dary devait renaitre. Malaz Gazei La soudanaise Malaz Gazei sur scène au festival Dary Le concert de l’une des plus belles femmes d’Afrique, comme l’avait annoncé Ricardo au public n’djamenois a été plombé par le concert avorté de Dadju la veille. La belle soudanaise n’a pu faire preuve entièrement de son talent. Mais sa voix a envouté le public devant elle. Fidèle à son rythme oriental maitrisé, elle a baladé son timbre sur ses thèmes de prédilection auxquels par moments le public tchadien a applaudi de la plus profonde sincérité. Mais au-delà de la performance, au-delà de la musique, ce concert a marqué par sa portée. Malaz Gazei est soudanaise, son concert est le fruit d’une collaboration avec l’ambassade du Soudan au Tchad, d’ailleurs, l’Ambassadeur en personne avait fait le déplacement. Il y a dix ans de cela, il était impensable tellement nos deux pays étaient à couteaux tirés. Aujourd’hui quand le Tchad fête ses traditions et appelle à son unité, il tend la main à son voisin qui s’associe à la fête. Comme un symbole, Malaz Gazei acclamée par un public tchadien à la Place de la Nation, juste en face de la Présidence avait quelque chose de magnifique. Le Tchad tournait le dos à ses démons du passé pour reconstruire un espace de vie commun non seulement pour ceux vivant sur son sol, mais également pour toute la sous-région et le monde. Afrotronix L’artiste Afrotonix sur scène au festival Dary, le 31 décembre 2018 Le Meilleur DJ africain, Afrotronix, le fils du Tchad se plaçait aux platines pour exposer toute sa créativité à sa terre natale. Ce concert en soi était une ode à la créativité, à la mixité, au multiculturalisme. “S’il fallait un hymne à Dary, ce serait bien celui-là” diront plus tard les critiques. Afrotronix a initié son public à ce mélange étonnant d’afrobeat, d’électro, de musique orientale et des traditions de nos terroirs. Le rythme, ou plutôt les rythmes, qui pouvaient parler distinctement à tout un chacun ont séduit. Le public s’est laissé aller à quelques pas de danses, totalement déconstruits, porté par la seule limite de son imagination, mimant par intermittence les prestations des danseurs solistes venus accompagner Afrotronix. L’hymne au melting-pot, au multiculturalisme, au Tchad et sa centaine révolue de civilisations envahissait la Place de la Nation quand 2019 y prenait place. En cet instant précis, en un cliché, en une musique, Caleb Rimtobaye, enfant du Tchad et produit du monde, avait démontré qu’il était possible de vivre ensemble, de danser différemment en ayant en tête la même musique, de se comprendre et d’avancer ensemble. Il a fait entrer le Tchad en 2019, le sourire aux lèvres et mains dans les mains. Bonus : Al Hadji Tawa Chaque nuit, Al Hadji Tawa aura été de la partie. Tellement présent et excellent, que le public le demande encore et encore. On ne présente plus son style, ce stand-up à la tchadienne, à mi-chemin entre le théâtre et la parodie musicale, teinté d’une bonne dose d’autodérision aura servi d’inter scène chaque nuit. Pendant douze jours, Al hadji Tawa a eu le temps de s’adresser à tout le monde : ses amis préférés de la tribune Galaxie, aux hommes, aux femmes, aux n’djamenois de toute origine et de toute localité. Chacun a trouvé, au passage d’une phrase, sa vie, ses envies… puis en a ri. Le rire comme arme, Al Hadji Tawa a su le manier quitte à heurter parfois la sensibilité… mais ne dit-on pas qu’un artiste doit prendre des risques ?

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