Face au phénomène d’inondations qui rende, chaque année la vie difficile aux Ndjaménois, la commune de la ville à aménager à l’approche de la saison pluvieuse des bassins de rétention. Ces derniers constituent dans certains endroits une menace pour les riverains. Nos bassins de rétention respectent-ils les normes ? nous avons fait le tour de la question avec Kassim Doungous, ingénieur en eau et assainissement.

Les bassins de rétention des eaux pluviales construits dans la capitale répondent -ils aux exigences règlementaires ?

Nous entendons par bassins de rétention des eaux pluviales, des ouvrages permettant de stocker les eaux de ruissellement dans une dépression naturelle ou artificielle et de vidanger ces eaux par infiltration et/ou avec un débit limité. Alors ces bassins de rétention construits dans la capitale répondent ils aux exigences réglementaires ? à priori le rôle de bassin de rétention est de réguler les débits afin de minimiser les inondations, cependant nous constatons que la plupart de ces bassins ne sont rien que des dépressions naturelles qui n’ont suivi aucun aménagement géotechnique. Par ailleurs, pour implanter un bassin de rétention dans une zone urbanisée, il faut tenir compte de certains paramètres techniques en vue de dimensionner ces bassins. Sinon, une mauvaise évacuation des eaux pluviales peut engendrer des inondations et des écoulements violents et désordonnés.

Du point de vue règlementaire, il existe de cadre juridique et institutionnel tels que : Le Schéma Directeur de l’Eau et de l’Assainissement (SDEA), adopté en avril 2003 qui est un document cadre de politique et de stratégie à l’horizon 2020, Le Code de l’eau, la loi N° 016/PR/99, promulguée le 18 août 1999 qui constitue la loi d’orientation et de gestion du secteur etc.

Que les autorités en charge de l’urbanisme ou les collectivités communales s’en servent. Cependant, nous constatons que la plupart de ces bassins n’auraient pas respectés certaines exigences de par leur implantation. Ce sont des mesures palliatives à courte durée qui ont été mise en place. Un bassin de rétention devrait être réalisée en partie basse du terrain dans une zone présentant une capacite d’infiltration suffisante. Sauf que, si on a l’intention d’utiliser ces eaux pour d’autres fins, pendant l’implantation ou la mise en place d’un bassin de rétention, la première chose et d’aplatir et de compacter le sol. A cet effet, il serait indispensable d’avoir un terrain stable en vue d’accueillir son bassin. Toutefois, il n’existe aucune obligation réglementaire à l’échelle nationale

Ces bassins à ciel ouvert sont débordés et menacent de céder, ce qui constitue un danger pour les riverains et pour les Ndjaménois, est-ce que ces bassins sont aménagés là où il ne fallait pas ?

Nous disons tout simplement que certains critères d’implantation d’un bassin de rétention des eaux pluviales n’auraient pas été pris en compte, vous évoquez ici des bassins aménagés, mais il me semble que la plupart de ces retenues sont des dépressions naturelles qui n’auraient pas suivies d’aménagement proprement dit, en dimensionnant ces bassins, on aurait d’information sur le débit de fuite et le volume de ruissellement qui constituent des paramètres importants,  même si l’emplacement de ces bassins ne poserait pas de problème, le dimensionnement dans son ensemble poserait problème. C’est pourquoi on n’est pas arrivé à quantifier le débit et le volume que les bassins peuvent supporter en cas d’inondation. C’est ainsi qu’une mauvaise évacuation des eaux pluviales peut engendrer des inondations et des écoulements violents et désordonnés. Et tout cela a pour corollaire :

  • La dégradation des routes et des fondations des maisons d’où beaucoup des maisons menacent de s’écrouler et d’autres se sont écroulées ;
  • La constitution de point stagnation d’eau : points de gêne et/ou de prolifération de nombreux vecteurs de maladies ;
  • Des interruptions de circulation ;
  • Des érosions de sol.

Suite à cette question, nous savons qu’une inondation est une submersion temporaire, par l’eau, de terres qui ne sont pas submergées en temps normal. Mais l’un des principaux facteurs aggravants de l’inondation de la ville de N’Djamena est le développement urbain et économique, par augmentation de la vulnérabilité. A cela s’ajoute les aménagements (activités, réseaux d’infrastructures) qui modifient les conditions d’écoulement (imperméabilisation des sols et ruissellement), tout en diminuant les zones d’expansion des crues. Les aménagements et le défaut chronique d’entretien de canaux existants aggrave aussi l’aléa. Il faut aussi noter que l’occupation des zones inondables par des bâtiments peut aggraver l’inondation en cas de crue. C’est pourquoi, la gestion des eaux pluviales constitue un enjeu important afin d’assurer la sécurité publique

Quelle doit être la bonne configuration d’un bassin de rétention des eaux pluviales ?

Un bassin de rétention des eaux pluviales doit avoir une hauteur maximale d’accumulation d’eau comprise entre de 1, 80 et 2 mètres pour une accumulation occasionnelle au-dessus du niveau d’eau permanent au point le plus bas du bassin. Cependant, un ouvrage de contrôle de débit doit être aménagé pour chaque exutoire vers le réseau d’égout pluvial. Peu importe la forme du bassin, on peut avoir un bassin rectangulaire ou ovoïdal, tout dépend de votre emprise et de la stabilité du terrain en tenant compte de la topographie.

L’agriculture tchadienne ne dépend que des eaux de la pluie. Est-ce possible de mettre en valeur les eaux pluviales stockées dans les bassins de rétention pour du maraichage ou de la pisciculture ?

Les bassins de rétention des eaux pluviales ont avant tout pour rôle de limiter, de canaliser mais également de stocker les eaux de ruissellements, ils sont conçus pour collecter des volumes des eaux pluviales pour éviter des inondations en aval. Mais en dehors de leur rôle de stocker des eaux pluviales, oui, ces bassins de rétention des eaux pluviales pourraient être une opportunité pour l’irrigation (maraichage) ou la pisciculture. Cependant, il faudrait que ces bassins de rétention soient dits des bassins en eau et non de bassins secs. Mais au contraire la plupart de dépressions naturelles ou artificielles dans la ville de N’Djamena sont dites sèches. Car pendant la saison sèche on constate qu’elles ne retiennent pas d’eau, ce qui devient difficile de pratiquer le maraichage voire impossible. Une autre difficulté est liée à l’aménagement et à l’entretien de ces bassins, il convient de souligner que, pour pratiquer la pisciculture, il faudrait installer le géotextile ou la géomembrane dans ces bassins ou soit compacter ces bassins afin qu’ils soient étanches en vue de limiter l’infiltration de ces eaux. Donc si toutes ces conditions sont réunies, oui, on pourrait valoriser ces eaux pluviales.

Un mot de la fin

Je profite de votre micro pour lancer un vibrant appel aux autorités en charge de l’assainissement pluvial : qu’il suffit de mettre en application le schéma directeur des eaux et de l’assainissement, s’il n’en existe pas, il faudrait l’élaborer, nous pourrons limiter les inondations. Nous recommandons aux autorités de mettre en place un barrage en aval du capital pour accueillir toutes les eaux pluviales et construire des réseaux principaux pour collecter ces eaux pluviales si l’État veut trouver une solution durable au problème d’inondation au lieu de se focaliser chaque année sur les dépressions naturelles. L’assainissement pluvial est un enjeu important pour la sécurité publique et la mise en place de ce barrage changera le quotidien de la population N’Djamena.