Le 22 février courant, le gouvernement tchadien a annoncé le décaissement de sa quote-part pour l’indemnisation des victimes du régime de Hisseine Habré. Que pensent les victimes ? Quelle sera la suite de la procédure ? Adoumbaye Dam Pierre, président de l’Association des victimes des crimes du régime de Hisseine Habré, répond à Tchadinfos.

Comment appréciez la quote-part du gouvernement ?

Le Tchad a mis 10 milliards sur les comptes des associations. Les victimes sont plus de 10.000. Quand on fait une arithmétique simple, chacun reçoit 925.000 F.CFA. Cet argent par rapport à ce qui est prévu à Dakar est insignifiant. Mais, ça peut soulager les victimes qui vivent dans la misère. Une vague de 100 personnes par association va passer par jour pour éviter que les banques ne soient submergées.

Sont concernées les victimes qui ont leurs noms sur les décisions de Dakar et celles qui ont été auditionnées au commissariat, certaines, chez nos avocats. Celles qui sont venues après ne sont pas éligibles. Elles n’ont pas leurs noms sur la liste de Dakar. Une victime directe se présente avec le code de la banque donné par le ministère des Finances et sa carte d’identité nationale. Les héritiers doivent avoir leur acte de notoriété d’héritier, la carte d’identité nationale et le code.

Il a été rapporté que vous aviez accordé votre « pardon » au président Habré. Qu’en est-il vraiment ?

Si vous prenez les résolutions et recommandations du dialogue, précisément les deux points 28 et 29, il a été dit que les autorités post-Dialogue doivent exécuter les décisions de justice tendant à l’indemnisation des victimes. Il faut indemniser les victimes pour qu’il y ait consolation des cœurs, pour que la réconciliation s’installe. Ce n’est qu’à partir de ce moment qu’on va envisager la possibilité de ramener le reste de Hisseine Habré. Il ne faut pas remuer le couteau dans la plaie.

Certaines victimes sont impatientes. Quel message vous les envoyer ?

Aux victimes, je leur demande d’être disciplinées. On a mis en place une commission au siège de notre organisation. Les victimes de province n’ont qu’à rester sur place pour attendre parce qu’Orabank a également des agences dans quelques villes. Ça ne vaut pas la peine d’effectuer un déplacement. En faisant le déplacement, elles s’exposent à certains risques et supportent les frais de transport.

Vous envisagez vous rendre au siège de l’Union africaine…

L’Union africaine a mis en place le fonds judiciaire. Le gouvernement a octroyé un local à N’Djaména. Il faut qu’on aille pour constater de visu ce qui constitue le blocage par rapport à notre indemnisation. Au total, il y a 82 milliards pour le procès de Dakar et 75 milliards pour le procès de N’Djaména. La justice a reparti ce fonds par catégories : les femmes violées, les victimes directes et indirectes.