Tchad : Charivari sur le chantier chinois à Dembé

Depuis près de deux ans, la société chinoise Cgcoc, chargée d’élargir la voie de contournement Chagoua-Diguel, tarde à finir ses travaux. Les avenues Charles De Gaulle et Goukouni Weddeye sont bloquées, au grand dam des usagers.

Des panneaux indiquent “Déviation” ou “Route barrée” , sont partout . Aucune autre explication n’est donnée. Les motocyclistes et automobilistes empruntent les directions qui leur semblent bon. Les piétons, quant à eux, s’arrangent à faufiler entre les barrages. Cyclistes et conducteurs de porte-tout soulèvent leur engin pour sauter par-dessus les barrages donnant ainsi un spectacle amusant. “Les Chinois nous perturbent pour rien. Ils ont bloqué les routes et ne sont pas à mesure de finir les travaux” , affirme un usager, obligé de contourner le gouvernorat de la région de N’Djaména pour trouver la route de Diguel . “Pourquoi ont- ils décidé brusquement de fermer les deux axes goudronnés qui sont, d’ailleurs, les principaux qui desservent les populations des quartiers sud?” , s’interrogent un autre. N’ayant aucune autre sortie, automobilistes et motocyclistes empruntent les nombreuses ruelles qui séparent les concessions environnant ces routes barrées, rendant ainsi la vie difficile aux riverains. Aux bruits des moteurs, s’ajoutent la poussière qui s’élève à leur passage et envahie les maisons et bureaux avoisinant. “Chaque matin, nous retrouvons nos bureaux couverts de poussières”, lance un agent du bureau des avocats sans frontière. Des usagers désemparés Les ruelles sur lesquelles passent les déviations ne sont ni arrosées encore moins nivelées, et la plupart sont pleines de nids de poule. “Les travaux devaient être exécutés progressivement pour nous permettre de nous débrouiller. Mais comme ils ont fermé toutes les sorties, où devons nous aller avec nos portes-tout pour trouver de quoi manger? Ce n’est pas sérieux” , se plaint un conducteur de voiture à bras. Comme cet homme, beaucoup de N’Djaménois souffrent des désagréments causés par les travaux d’élargissement de la Voie de contournement. “C’est un désordre. Comment peuvent- ils fermer tous les principaux axes sans indication précise?” se demande un étudiant. Pour lui, les Chinois doivent faire évoluer progressivement le chantier, mais ne pas fermer à la fois toutes les routes. Les agences de voyages situées le long de la Voie de contournement (Attat Voyage, Sttl, Abbou Salam, etc.) paient les plus lourds tributs. L’accès à leurs agences est difficile. Un large trou à ciel ouvert est creusé aux abords de ces agences, obligeant ainsi les chauffeurs à parquer les bus dans les garages. Les voyageurs, eux, préfèrent ne pas se donner de la peine. Ils choisissent d’autres agences, entraînant une baisse des activités pour certaines agences. Un agent de la compagnie Sttl (Société tchadienne de transport et de location de véhicule) confie que sa compagnie a eu maille à partir le week-end dernier avec un employé de Cgcoc. “Nous avons garé notre porteur loin du chantier, mais un chauffeur du compacteur de Cgcoc est venu se cogner contre notre camion. Cela a entraîné des disputes entre notre agence et la société et il a fallu l’intervention de la police pour calmer la situation” , témoigne cet agent. Qui retarde le chantier? Malgré la lenteur et le désagrément causé aux usagers et agences de voyages, Cgcoc se serait pris à certaines agences de voyage et les accusent d’avoir été à l’origine du blocage du chantier. “Un beau matin, nous avons reçu une convocation du délégué du 7 ème arrondissement sur plainte de Cgcoc. Lorsque nous nous sommes rendus, le délégué nous a fait comprendre que la société Cgcoc accuse notre agence d’avoir bloqué les travaux” , confie Dénis Kaigo, secrétaire général de Sttl. Pour lui, c’est grâce à l’intervention des autorités municipales que la solution a été trouvée à cette accusation. “C’est un travail qui ne doit pas s’exécuter en deux ans, mais plutôt trois. Mais l’Etat tchadien n’a pas accepté le délai de trois ans. Malgré ça, nous avançons difficilement”, note un topographe de la société Cgcoc rencontré sur le chantier de Dembé. Il sera appuyé dans ses propos par un de ses collègues qui nous oriente: “Le délai d’exécution de ce chantier, le montant ainsi que les autres informations nécessaires sont sur un panneau planté à l’angle gauche du rond point Chagoua” . Ces deux ouvriers rencontrés non loin du rond point de Dembé, surveillent une vingtaine d’ouvriers travail – lant dans une tranchée d’une profondeur de 1m50 sur 100 mètres de long. Aux disputes régulières entre les ouvriers de Cgcoc et les agences de voyages, s’ajoutent la misère des motocyclistes et mototaxis qui sont souvent traqués par les policiers qui se cachent dans les recoins. “On nous a fermé les grands axes et voici que nous empruntons les ruelles et nous rencontrons les policiers qui nous arnaquent à longueur de journée” , se lamente un conducteur de mototaxi. Certes, le développement d’un pays ou d’une ville passe inéluctablement par la route, mais sa construction ne devrait causer autant de désagréments à ceux pour lesquels elle est faite.

NF

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