Lac Tchad : plus de 90% des espèces halieutiques surexploitées, 15 millions de réfugiés climatiques

YAOUNDE, 16 décembre (Xinhua) — Menacé de disparition après avoir perdu plus des trois quarts de sa superficie, passant de plus de 26.000 km2 dans les années 1960 à moins de 5.000 km2 aujourd’hui d’après les estimations qui varient d’une source à l’ autre, le lac Tchad s’est transformé en zone de réfugiés climatiques pour près de la moitié de ses 30 millions d’habitants, à en croire les explications.

“C’est une zone même de prédilection des réfugiés climatiques. Aujourd’hui, le lac Tchad on parle de 30 millions de population. Je dirais que la moitié est certainement des réfugiés climatiques. Les autres sont également plus ou moins touchés dans leurs activités. La population fait de l’agriculture. Elle était pêcheur, elle est devenue éleveur”, a démontré à Xinhua l’ingénieur Boubakary Mana, un des responsables du secrétariat exécutif de la Commission du Bassin du Lac Tchad (CBLT).

Créée en 1964, la CBLT basée à N’Djamena au Tchad est une organisation régionale composée de six pays formant le pourtour de cette étendue d’eau, à savoir le Cameroun, la Libye, le Niger, le Nigeria, la République centrafricaine (RCA) et le Tchad, des pays répartis entre l’Afrique centrale (Cameroun, RCA et Tchad), l’ Afrique de l’Ouest (Niger et Nigeria) et le Maghreb (Libye).

Plus de 30 millions de leurs ressortissants se concentrent autour des différentes rives du lac, selon les estimations. A cause de l’assèchement continu de ce plan d’eau, cette population est à son tour menacée dans sa survie.

Volontiers, M. Mana, coordonnateur du projet de transfert des eaux de l’Oubangui vers le lac Tchad, emprunte au vocabulaire à la mode pour parler de “réfugiés climatiques”, un terme utilisé pour désigner les personnes déplacées en relation avec les changements climatiques vécus comme un phénomène crucial dans cette région.

“C’est des vrais réfugiés climatiques, parce que vous avez un plan d’eau d’à peu près 25.000 km2, aujourd’hui vous vous retrouvez à moins de 5.000 km2. Les gens ont naturellement quitté la zone ; d’autres sont venus, par exemple les éleveurs à la recherche du pâturage”, affirme-t-il.

“Et vous avez des gens, poursuit-il encore, qui ont complètement changé de profession. C’était des pêcheurs, ils sont devenus maintenant de simples artisans ou bien des commerçants qui prennent le poisson vers la ville de N’Djamena ou bien la ville de Maiduguri au Nigeria”.

Représentant-résident de la Banque africaine de développement ( BAD) au Cameroun, Racine Kane constate que “le bassin du lac Tchad est caractérisé par une dégradation des écosystèmes productifs et des ressources naturelles, et tous les pays sont touchés à des degrés divers par l’érosion, l’ensablement, la sécheresse, la désertification et les effets des actions anthropiques”.

“Selon plusieurs études, souligne-t-il, le lac Tchad et les zones humides adjacentes classées zones écologiques d’importance internationale pourraient disparaître à moyen terme si les mesures énergiques de protection ne sont pas prises pour inverser la tendance catastrophique déjà observée”.

La BAD s’est imposée comme chef de file des bailleurs de fonds de la CBLT pour la conservation et la sauvegarde des écosystèmes de ce bassin hydro-écologique.

Après un premier financement de près de 45 millions d’euros octroyé en 2004 et toujours en cours d’exécution pour le Programme de développement durable du lac, elle a annoncé au mois d’août de cette année un autre appui de 180 millions d’euros dès 2014 au profit de Plan d’investissement quinquennal 2013-2017 de la CBLT.

Le représentant-résident de l’institution financière panafricaine au Cameroun déplore par ailleurs une déplétion inquiétante de la production halieutique dans la zone. “Plus de 90% des espèces sont surexploitées, les pâturages sont très dégradés, entraînant un déficit de matières sèches et une diminution considérable de la taille du cheptel”.

“Au niveau environnemental et social, en plus de la dégradation avancée des forêts, la salinisation croissante des sols et des nappes phréatiques, la prolifération des végétaux aquatiques, la forte concentration des populations autour du lac te des zones humides exacerbent l’exploitation anarchique des ressources et attisent les conflits sociaux”, mentionnait-il en outre à Xinhua lors d’une session du Conseil des ministres de la CBLT le 5 décembre à Yaoundé.

Au cours des mêmes assises suivies du 9 au 11 décembre d’un atelier de concertation des acteurs pour l’inscription de ce plan d’eau sur la liste du Patrimoine culturel mondial et sa désignation comme réserve de biosphère de l’Unesco, le Premier ministre camerounais Philemon Yang avait quant à lui tiré la sonnette d’alarme au sujet de l’insécurité autour du lac.

“La question de la sécurité autour du bassin du lac Tchad est préoccupante, compte tenu de nombreuses prises d’otages et des actes de grand banditisme survenus dans la région. L’ opérationnalisation de la force mixte multinationale de sécurité du Bassin du lac Tchad pourrait être une solution à cet égard”, avait alors préconisé le chef de gouvernement.

M. Yang avait aussi souligné l’urgence de la restitution des travaux de réflexion sur la démarcation des frontières internationales “pour permettre de résoudre définitivement les problèmes liés à la détermination des frontières dans le lac Tchad “.

Avec l’appui de la BAD et d’autres bailleurs de fonds, la CBLT s’emploie à concrétiser dans les prochaines années un projet à l’ étude depuis des années, de transfert des eaux depuis la RCA pour résoudre le problème de l’assèchement du sac. Une table ronde des donateurs est à cet effet projetée pour le trimestre 2014 à Rome en Italie.

“Le projet transfert des eaux, le consultant nous a dit que ça ne pourrait augmenter le lac Tchad que d’à peu près un mètre, donc ça nous ferait à peu près 5.500 km2. Avec l’amélioration de la pluviométrie, certains disent qu’on est à peu près 7.000 à 8.000 km2. Donc, on va être dans les 12.000 à 13.000 km2. Ce qui est largement suffisant pour pouvoir envisager les actions de développement”, prévient cependant Boubakary Mana, le coordonnateur du projet.

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