Mardi 18 mai 2021

Edito : G5 Sahel, changer d’échelle et de méthode

Du 15 au 17 février 2014, à Nouakchott, les pays du Sahel (Burkina Faso, Mauritanie, Mali, Niger et Tchad) ont créé une organisation régionale pour œuvrer ensemble pour le développement et la sécurité. Le G5 Sahel a lancé, en 2017, une force conjointe pour lutter contre les groupes terroristes qui essaiment la bande sahélienne depuis 2012, mais également contre les trafics de drogues et d’êtres humains.

La présidence du G5 Sahel est exercée pendant un an et de manière tournante par les chefs d’Etat des pays membres de l’organisation. Ce sera au tour du Maréchal du Tchad, Idriss Déby Itno, de prendre les rênes de l’organisation régionale, au cours du sommet qui se tiendra les 15 et 16 février prochain à N’Djaména.

La présidence tchadienne interviendra au moment où l’armée tchadienne reste engagée sur plusieurs fronts. L’armée tchadienne a été la première à se lancer, en 2013 aux côtés de la France, pour stopper l’avancée des groupes djihadistes et terroristes dans le nord du Mali. Depuis, elle y est restée et fournit aujourd’hui des troupes à la Mission multidimensionnelle des Nations unies au Mali (Minusma). Depuis la création de la force conjointe du G5 Sahel, elle lui fournit un contingent de 750 hommes. Elle participe également à la Force multinationale mixte (FMM) qui, depuis 2015, combat Boko Haram. Ces dernières années, la secte terroriste nigériane a étendu ses tentacules dans tout le bassin du lac Tchad et multiplie des attaques au Nigéria, au Cameroun, au Niger et au Tchad. Sur tous ces fronts, l’armée tchadienne, l’une des meilleures de la région, s’est toujours montrée le fer de lance de la lutte contre l’obscurantisme.

Sept ans après sa création, le G5 Sahel fait face aux mêmes problèmes de développement. Et les menaces terroristes persistent. En janvier 2020, le Niger a subi la pire attaque de son histoire avec 89 soldats tués à Chinégodar, dans l’ouest du pays, un mois après celle d’Inates, dans la même région, qui avait coûté la vie à 71 de ses soldats. Deux mois après, Boko Hama a également infligé à l’armée tchadienne sa pire perte en une journée: près de 100 soldats tués. Ce qui a obligé le président Déby à lancer une offensive contre la secte terroriste. La «colère de Bohoma» a permis d’éliminer un millier de terroristes et de le nettoyer des parties tchadiennes du lac Tchad.

Si les défis sécuritaires s’exacerbent, en face, le dispositif sécuritaire commun de la force conjointe reste défaillant, insuffisant sur une superficie de 5,2 millions de kilomètres carrés. Le concept stratégique de la force a été ainsi modifié pour permettre à son commandement de mener des opérations inter-fusion. En plus de son contingent, le Tchad a déployé, en octobre dernier, un deuxième bataillon dans le fuseau centre, à la jonction du Burkina Faso, du Mali et du Niger.

Quatre ans après sa création, la force du G5 Sahel doit monter en puissance et atteindre les 5.000 hommes prévus. Mais pour y arriver, l’organisation sahélienne doit résoudre ses problèmes d’organisation et de financement. Il lui faut aller au-delà du soutien de la France, l’allié stratégique traditionnel qui met à sa disposition les 4.500 hommes de Barkhane, ainsi que des véhicules, du matériel, du conseil et de la formation. Les Etats-Unis fournissent aides matérielles et renseignements. L’Allemagne, le moteur de l’Union européenne, devra bientôt suivre l’engagement français et américain. Son chef de la diplomatie, Heiko Maas, est attendu au sommet de N’Djaména. Lors du sommet du G7 à Biarritz, en août 2019, le président français Emmanuel Macron, et la chancelière allemande, Angela Merkel, avaient appelé à élargir à d’autres pays et à renforcer financièrement la coalition internationale aidant les pays du Sahel à lutter contre les groupes djihadistes. Espérons que le sommet de N’Djaména, un an après celui de Pau, en France, permettra de changer véritablement d’échelle et de méthode dans la lutte contre le terrorisme au Sahel.

La Rédaction

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