mercredi 22 septembre 2021

Le DG de la Société Tchadienne des Jus de Fruits (STJF) : « tout le monde doit mettre la main dans la patte ! »

« La Société Tchadienne des Jus de Fruits, (STJF), initiée depuis 2008, n’est opérationnelle qu’en 2011. Une usine embryonnaire qui projette  un avenir radieux.  Mais, pour y parvenir, le concours de tous est recommandé.  Le  Directeur Général Saad Cherif Ahmed chante l’exploit de son usine, mais n’a pas perdu de vue les énormes difficultés auxquelles elle fait face. »

Monsieur le Directeur Général, où en sommes-nous avec l’usine de production de jus de fruits dont vous avez la charge et quels en sont les produits disponibles ?

C’est vraiment  un  plaisir pour nous d’avoir cette possibilité d’expliquer  aux Tchadiens où on en  est-on  avec l’usine de fabrication de jus de fruits de Doba.  L’historique de l’usine de jus de fruits de Doba est  la retombée d’un programme  de développement entre l’Inde et l’Afrique, et dont le Tchad  est un des bénéficiaires.  D’une manière globale, il y a eu cinq principaux projets dont la création de l’usine de tracteurs, de textile, de fer à béton, de vélo et de jus de fruits de tomate et de mangue.   C’était un projet initié  depuis 2008 et qui a trainé jusqu’à l’année passée quand  on nous a sollicités pour venir éclairer les hautes autorités sur la faisabilité ou non de cette usine. Car par le passé, nous avons tous entendu dire que l’usine de jus de mangue et de tomate de Doba ne peut pas fonctionner parce que la mangue tchadienne est de type  sauvage, selon l’esprit des Indiens. Et puis  il y a  eu  une contre- expertise tchadienne qui a conclu  que la mangue tchadienne est non seulement sauvage,  mais contient beaucoup de fibres, par conséquent elle n’a pas de jus. Donc quand l’année passée on  était sollicité  pour venir porter un jugement  réel et concret, nous avons sollicité l’aide des techniciens et autres  ingénieurs  tchadiens, et nous nous sommes attelés à faire fonctionner  l’usine.  C’est- à dire que les gens avaient tout arrêté avant nous.  Après, on a essayé de tester si cette usine peut marcher avec le type de mangue tchadienne. C’est en ce moment là qu’on a trouvé que le mécanisme n’était pas le même. Donc  avec la ténacité des  techniciens Tchadiens, nous avons pu rectifier, modifier et adapter l’usine au type de mangue  tchadienne. Car le type de mangue dont parlent les Indiens est simplement  du type greffé.  Il s’agit de grosses mangues,  alors que les nôtres sont des petites mangues. Donc c’est à la fin de l’année passée  qu’on a tiré le premier jus de fruits  made in Chad.  Et on a continué parce que vous savez qu’une usine de fruits n’est pas une simple société ; c’est une industrie agro-alimentaire. Pour s’assurer du bon fonctionnement d’une industrie agro-alimentaire, il lui faut du temps.  C’est-à-dire non seulement vous produisez du jus, mais il faut d’abord le tester, l’analyser, il  doit avoir l’agrément d’être mis sur le marché du pays d’abord, ensuite son exportation  partout dans le monde. Mieux  encore, notre jus est de type  bio, sans un  produit chimique ajouté comme le colorant, le parfum et  autres produits  finis. Bref, rassurez-vous que quand nous avons pris les choses en main.  Les Indiens ont  jeté l’éponge. Mais, ils étaient très désagréablement surpris quand ils étaient venus en mission et un jour ils étaient avec une haute autorité dans son bureau et pendant qu’ils parlaient de l’usine de fruits, cette dernière leur a présenté une canette de jus tchadien,  à leur grande surprise. Par la suite, ces Indiens  doutaient de la non certification de notre jus lorsque l’autorité leur a confirmé que notre jus est certifié par l’Institut Pasteur de Yaoundé,  le seul garant  des produits agro-alimentaires de toute la sous-région.  Dieu merci on produit aujourd’hui non seulement de jus de mangue, de tomate mais c’est devenu l’usine de jus de fruits de Doba. D’après nos tests les autres jus de fruits seront bientôt consommés, notamment   le jus de goyave  qui sera produit en septembre, celui de  pamplemousse  en décembre ceci conformément aux différentes périodes de production de ces fruits dans les différentes régions du sud du pays.  En plus,  avec notre ténacité, nous allons continuer notre recherche pour arriver à fabriquer le jus d’autres fruits.

Quelle est la capacité de production de cette usine ?

L’usine tourne 24heurs sur 24 grâce à ses différentes équipes. La production journalière est  donc de 8heurs de temps est minimum, trois milles canettes. Mais tout dépend de la disponibilité des matières premières, car actuellement le nombre de 3.000 canettes est insuffisant. Mais il faut reconnaitre que nous n’avons pas encore atteint notre vitesse de croisière, on se cherche encore pour   notre première année. En fait  pour que l’industrie puisse prendre son envol, il faut 2 à 3 ans d’efforts  assidus.  Mais la seule chose qu’il faut signaler est que dans la sous-région, il n’y a pas une autre industrie de production de jus naturel. Même le Cameroun qui dispose de beaucoup d’industries agro-alimentaires, la qualité  des  jus qu’ils produisent n’est  pas comme celle  du Tchad.

Maintenant, le problème qui se pose est que les Tchadiens ne sont pas suffisamment informés de la chose. Il faudrait gagner le marché intérieur avant de parler d’exportation. Effectivement la production actuelle n’est pas suffisante pour l’exportation.    Que les Tchadiens sachent que le jus made in Chad n’a rien à envier des jus  importés.  A titre d’exemple les jus de mangue, de goyave, de pamplemousse, de ketchup (une sauce tomate, genre de sauce que les Américains mangent avec les spaghettis), tout ça c’est naturel. Nous produisons le jus à 250F l’unité, mais les commerçants le revendent à 500F sur le marché.par contre, au Cameroun, ce genre de jus se vendent un peu cher.

Quelles seront les retombées de cette usine sur la zone productrice, partant le pays entier ?

Les retombées sont d’abord bénéfiques pour tous les tchadiens.  D’ailleurs le pays est à son premier pas d’industrialisation et tout début  est difficile.  Car comme je l’ai dit tantôt, notre unité est très petite. Donc je lance un appel vibrant à l’Etat de nous aidé à agrandir cette unité et à la moderniser,  car elle est encore mécanique.  Toutefois, peut-être que c’est parce que cette unité est mécanique et non électronique  que nous avons pu la fonctionner.  Donc à quelque chose malheur est bon.  Maintenant avec nos quelques techniciens et spécialistes agro-alimentaires, nous avons mis  du paquet pour faire connaitre cette unité de production aux Tchadiens. Notre objectif est de produire davantage pour tous les tchadiens et pour l’exportation.

Par ailleurs,   nous envisageons de créer des magasins de stocks à travers le pays pour un approvisionnement régulier de l’usine. En fait, des distances qui séparent certaine sources d’approvisionnement à l’usine, la production se trouve handicape.  Franchement si vous descendez  dans l’usine, vous serez surpris par le travail abattu. Car c’est une très petite unité sans  un bloc administratif, ni un magasin de matières, moins encore une chambre froide. Les gens travaillent sous le hangar. Donc quand toutes ces conditions seront réunies, notre usine aura l’audace et la capacité compétitive.  Maintenant, il nous faut rectifier le tire pour une excellence !

Quelles sont les difficultés rencontrées dans le fonctionnement de cette industrie si elles existent ?

Comme je les ai énumérées tout à l’heure, les difficultés sont énormes. Même moi je n’ai même pas un bureau.  Quand je descends sur le site, je me tiens debout dans le laboratoire avec les techniciens et autres ouvriers.  C’est tout récemment que j’ai pris la cuisine pour en faire un bureau.  C’est une situation  difficile à comprendre.

Cependant les véritables problèmes consistent à rendre vraiment rentable cette petite unité en l’agrandissant, en la dotant de tous les moyens dont elle a besoin.  Par exemple, mettre les jus dans les emballages plastics qu’en bouteilles comme actuellement.   Ceci  sera vraiment adaptable aux enfants car non seulement il coutera moins cher,  mais sa consommation est simple.

Quelle est la visibilité de ces produits sortis de cette usine et son impact de marketing sur les marchés du pays ?

Pour qu’un produit qui vient de naitre puisse être connu sur le marché national et international, il faut une étude de marketing réelle. Ce qui exige un travail des spécialistes avec  beaucoup de moyens. Il faut un budget pour le lancement d’audit. Paradoxalement  nous fonctionnons avec un budget qui nous a été alloué  pour une période de trois mois ;   mais  croyez-moi ça fait un an et quelques mois  que nous fonctionnons. De ce fait, je dis que pour lancer un produit, il faut un budget spécial en dehors même  du budget de la société.  Il faut que le type du produit soit connu. C’est un matraquage qui doit se faire !  Malheureusement nous n’avons pas ce budget.  Ce que nous sommes en train de faire actuellement, c’est du marketing de proximité. Nous allons vers les alimentations, les consommateurs de bouche à oreille pour avoir des échos.  Pour qu’il ait une vraie publicité, il nous faut beaucoup de moyens financiers, et nous n’en avons pas.  A tire d’exemple, l’usine n’est même pas connectée sur un réseau d’alimentation électrique.  Etant, située à l’extérieur de la ville, elle achète son  propre carburant pour fonctionner 24 heurs sur 24.

Bref, cette usine constitue un grand pas lancé et il faut que le sacrifice qui a été conçu par le peuple tchadien  ne soit pas vain. Il faut le soutenir.  L’existence de cette usine relève du miracle pour beaucoup de Tchadiens.

 Ben   Romingar   /  N  Léonard

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