Publié le 08-08-2022

En signant l’accord du pré-dialogue de Doha, ce jour, une quarantaine de mouvements armés ont donné leur accord pour leur participation au dialogue national qui doit débuter le 20 août. Toutefois, au moins 9 autres mouvements ont refusé de le signer, accusant le gouvernement d’ignorer leurs conditions. L’expert en gestion de conflits, Ahmat Yacoub Dabio, propose que la date du dialogue soit repoussée pour obtenir une plus large adhésion à cette grande messe.

Comment analysez-vous le fait que des groupes armés dont le plus actif, le Front pour l’alternance et le changement au Tchad (Fact) n’ont pas signé l’accord de Doha qui doit acter leur participation au dialogue national ?

En dehors de poignées de main suivies de la signature de l’accord de paix , une image historique pour un pays qui revient de loin, on constate avec regret que 15 mouvements politico-militaires n’ont pas répondu à l’appel de la salle.

Parmi lesquels, deux importants groupes politico-militaires en l’occurrence le Fact et le CCMSR qui possèdent une présence militaire menaçante sur le terrain en plus des trois autres dont les leaders charismatiques sont d’un poids incontestablement historique comme le colonel Adoum Yacoub du FPRN, Dr . Bichara Idrss Haggar du CNR, Choua Dazi du MDJT. Le FACT justifie son refus par le fait que ses revendications n’ont pas été prises en compte dans le projet d’accord .

Parmi ses revendications, on peut citer entre autres : la libération immédiate des prisonniers de guerre dès la signature de l’accord; la dissolution et la formation d’un nouveau Comité d’organisation du dialogue national inclusif (Codni) respectant des quotas équitables puis la réforme de la charte de transition qui doit exclure le Conseil militaire de transition (CMT) des élections . Je crois que le CMT serait prêt à céder sur le premier point, difficilement sur le deuxième et impossible sur le troisième point.

Il convient de reconnaître que le processus dans son ensemble était dès le départ mal organisé. Il y a eu un manque de transparence au point où des gens ont senti que les autorités voulaient tout contrôler.

Votre appréciation des quotas attribués aux différentes sensibilités pour leur participation au dialogue qui débute le 20 août

Réalisé d’une manière unilatérale en excluant tous les autres acteurs indépendants de la vie politique et sociale, le draft des quotas est taillé sur mesure à tel point que d’aucuns estiment que le dialogue est une sorte d’un forum du Mouvement patriotique du salut (MPS) qui ne va certainement pas résoudre le problème tchadien. À titre d’exemple, le CNT a 93 sièges.

A quoi faut-il s’attendre dans les semaines voire mois à venir ?

Si le Fact et les autres mouvements non-signataires ne reviennent pas sur leur décision et si le Cmt refuse de céder aux exigences de ces mouvements, le Tchad risque de revenir à la case départ et l’actuel accord n’aurait servi à rien .

Que faut-il faire pour éviter que le pire ne se reproduise ?

Je pense qu’il n’est pas encore trop tard pour une reprise de pourparlers avec les non-signataires si le CMT accepte de mettre un peu de l’eau dans son vin en repoussant le dialogue de deux à trois semaines afin de ramener les autres à signer l’accord et repartir sur une bonne base.