UA : le secteur privé presse les gouvernements à lever les entraves au commerce et à la libre circulation

ADDIS-ABEBA, 28 mai (Xinhua) — Avec la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), l’Union africaine (UA) a organisé lors de son 21e sommet tenu ces trois derniers jours à Addis-Abeba plusieurs réunions sur le commerce où l’accent a été mis sur la suppression des barrières à la libre circulation des personnes et biens.

Au centre de ces séances de discussions qui associaient par ailleurs la Banque africaine de développement (BAD), le secteur privé s’est montré exaspéré par ces entraves qu’il présente comme une sérieuse source d’inquiétudes pour la sécurisation des investissements et la création des emplois et des richesses pourtant fondamentale pour relever les défis du développement.

A la tête d’un important groupe d’entreprises, Cevital, et entrepreneur avisé, l’Algérien Issad Rebrab a exhorté dans un entretien à Xinhua que « la tâche soit divisée entre nos gouvernants et les entrepreneurs privés. Les gouvernants doivent s’ atteler à faciliter la tâche aux investisseurs, assurer l’Etat de droit, parce que les entrepreneurs ont besoin d’être sécurisés ».

RENDRE LES PAYS COMPETITIFS

« Nous avons besoin, a suggéré l’homme d’affaires, que des Etats investissent dans les infrastructures, notamment routières, ferroviaires, l’électricité et aussi portuaires pour rendre les pays compétitifs, parce que la logistique coûte excessivement cher au niveau des prix de revient dans une entreprise. Les Etats ne savent pas gérer. Ils ne sont pas très réactifs, ils sont trop lents et quand ils doivent produire un produit, ils le produisent mal ou bien à des coûts exorbitants. »

Dans son propre pays, Rebrab déplore la contrainte par le gouvernement « qui ne nous autorise pas toujours à transférer des fonds pour pouvoir investir dans d’autres pays. Nous sommes obligés de chercher des financements à l’extérieur pour pouvoir investir dans des pays africains ». C’est un véritable frein au développement d’une entreprise cherchant à se donner une envergure internationale.

Pour le pays même, cette politique empêche l’économie nationale d’accroître son dynamisme par une croissance plus diversifiée. Et c’est là une explication plausible pour comprendre pourquoi l’intégration régionale économique en Afrique éprouve des difficultés à amorcer un rythme soutenu.

La Banque mondiale démontre pourtant dans une étude que « la suppression progressive des obstacles au commerce régional pourrait accroître le commerce des produits agricoles de 20 milliards de dollars, stimuler la production agricole, réduire la dépendance vis-à-vis des importations venues d’autres continent et renforcer la sécurité alimentaire ».

Pourquoi ce secteur ? Parce que c’est celui qui, d’après les constats et les analyses, reste un moyen de subsistance pour environ 60% de la population active d’Afrique. Il représente en outre 34% du produit intérieur brut (PIB) de ce continent. Pour la Banque mondiale alors, une croissance du PIB issue de l’ agriculture entraîne souvent une plus forte augmentation des revenus des personnes extrêmement pauvres qu’une croissance découlant d’autres secteurs ».

La partie la plus peuplée du continent avec une population d’ environ 800 millions d’habitants dont, révèlent les statistiques, près de la moitié vit avec un revenu inférieur à 1,25 dollar par jour et environ 239 millions souffrent de malnutrition, est mal notée concernant les mesures d’incitation à la création des entreprises. L’Afrique du Sud et Maurice sont les seuls pays sur 48 de cette région qui affiche en revanche la croissance la plus dynamique actuelle du monde, soit 6,6% en moyenne, classés parmi les 50 premiers pays du classement de la Banque mondiale sur la facilité à faire des affaires, tandis que le Rwanda, la Namibie, les Seychelles et la Zambie parviennent à intégrer le top 100.

Dans le cadre de sa Facilité africaine pour les marchés inclusifs créée en 2010, le PNUD se propose d’aider à construire des économies pérennes et solides en Afrique. D’après Tomas Sales, l’administrateur de ce programme, le travail effectué vise à rapprocher les gouvernements et le secteur privé pour des partenariats efficaces en vue de la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD).

CHAINES DE VALEURS REGIONALES

Particulièrement concerné, l’OMD numéro un qui vise à réduire l’extrême pauvreté et la faim. « On travaille avec les pays sur les régions et les organisations sous-régionales pour soutenir et développer les chaînes de valeurs régionales. En Afrique de l’ Ouest, on travaille sur la filière des oignons. Comment on sait, le Niger a une tradition de grande production des oignons et on fait des connexions avec les pays comme le Ghana et le Burkina Faso pour la commercialisation de ces oignons », rapporte Sales.

Dans la même région d’Afrique de l’Ouest, « on trouve qu’il y a de grandes opportunités de fournir les mangues du Mali au Nigeria. En ce moment, le Nigeria importe les mangues qui viennent du Brésil et d’autres pays », poursuit le responsable onusien annonçant d’autres programmes similaires sur le sorgho et le lait en Afrique de l’Est, puis le maïs et les arachides en Afrique australe.

Ces opérations confirment l’énorme potentiel économique et commercial reconnu à l’Afrique. Pour Donald Kaberuka, président de la BAD, le renforcement des échanges au sein des pays du continent est devenu un impératif pour pouvoir passer de la simple croissance économique à la transformation économique.

Car par exemple, souligne-t-il, l’Afrique compte plus d’ utilisateurs de téléphones portables (753 millions, d’après les estimations, NDLR) que l’Europe et les Etats-Unis réunis, mais aucun de ces téléphones portables n’est fabriqué en Afrique ». Or, c’est le réservoir des éléments (minerais) utilisés dans cette fabrication.

La BAD annonce avoir alloué entre 2005 et 2012 un montant de crédits aux entreprises en augmentation de 300 millions de dollars à 2,5 milliards de dollars. De plus, 44 millions de dollars de financements sont accordés chaque année depuis cinq ans pour les infrastructures. Pour l’Union africaine, la mise à disposition de telles ressources inspire confiance pour la réalisation du Plan d’ accélération de l’industrialisation de l’Afrique.

« On a besoin de champions. On a récemment fait une réunion qui avait impliqué les ministres de l’Industrie, les ministres du Plan et les ministres des Finances, parce qu’il faut planifier dans les agendas nationaux afin que le financement approprié dans nos Etats membres soit dégagé pour qu’on puisse mettre en uvre l’ industrialisation en Afrique », a mentionné à Xinhua Moctar Fatima Rama Nacyl, commissaire de l’UA au commerce et à l’industrie.

« D’une manière générale, on a reçu à l’Union africaine des projets régionaux et on est en train de les traduire en projets bankables pour qu’on puisse mobiliser des ressources pour essayer de les mettre en uvre », conclut-elle.

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