Panafricanisme : 50 ans après l'OUA, quelles chances d'unité et de développement de l'Afrique?

YAOUNDE, 21 janvier (Xinhua) — Une sorte de coup d’envoi de la commémoration de la création de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), le prochain sommet de l’Union africaine (UA), son succédané, a pour thème “panafricanisme et renaissance africaine”, une réflexion qui ressuscite le débat sur les capacités de l’Afrique à réaliser son unité et son décollage économique.

A l’origine, le panafricanisme est une vision politique inspirée par quelques leaders africains au sortir des indépendances dans un souci de provoquer une prise de conscience collective en vue d’une véritable émancipation vis-à-vis de l’ancien colonisateur, et partant une prise en main par les Africains eux-mêmes de leur destin.

Cette idéologie ainsi portée par les présidents Kwame Nkrumah du Ghana, Ahmed Sékou Touré de Guinée, Amical Cabral de Guinée-Bissau ou Léopold Sédar Senghor du Sénégal donnera lieu à la création le 25 mai 1963 de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), avec Addis-Abeba, la capitale éthiopienne, comme siège.

La nouvelle organisation se dote d’organes et d’institutions pour réaliser l’ambition assignée par ses fondateurs. Dans cette logique, elle peut se targuer d’avoir lancé en 1971 la compagnie de transport aérien continentale Air Afrique pour faciliter les déplacements des populations africaines.

Affaiblie par des querelles de leadership, des crises et des contrecoups de la guerre froide, l’OUA est logiquement dissoute en 2002 et cède la place à l’Union africaine (UA) censée apporter un souffle plus perceptible à la dynamique d’unité et d’intégration tant recherchées.

Le constat montre toutefois que, plus de 50 ans après les indépendances, l’Afrique peine toujours à parler d’une même voix, sa marginalisation en fait un paria de la scène mondiale, à commencer en ce qui concerne la résolution de ses problèmes, en l’occurrence les crises et conflits armés qui l’ensanglantent de part en part.

En 2011 par exemple, le Gabon, pays d’origine de Jean Ping, alors président de la Commission de l’UA, a soutenu l’intervention des Occidentaux en Libye alors que l’organisation continentale elle-même était, officiellement, opposée à cette initiative. De même, des divergences sont apparues entre pays africains sur la crise ivoirienne.

Or, juge le politologue camerounais Mathias Eric Owona Nguini, “Kadhafi était l’un des principaux inspirateurs de la relance de l’unité politique africaine et a énormément investi dans la cause panafricaine. Laurent Gbagbo a mobilisé dans une perspective panafricaniste pour faire face à une adversité politique et militaire dont il pensait qu’elle était liée aux intérêts français”.

C’est également à cause de désaccords et antagonismes inter-Etats que l’UA peine à concrétiser les vieux projets du Fonds monétaire africain (FMA) à Yaoundé au Cameroun, la Banque centrale africaine (BCA) à Abuja au Nigeria et la Banque africaine d’investissement (BAI) à Tripoli en Libye.

Ces projets ont pourtant pour finalité la création d’une monnaie commune africaine, véritable symbole de l’émancipation du continent noir face à ses puissances tutélaires européennes et américaines.

D’après l’universitaire, le choix du thème de la célébration des 50 ans de l’unité africaine marque donc une “certaine reconnaissance de la difficulté pour l’Union africaine à assumer sa vocation à construire l’unification de l’Afrique”. Une unification contrariée par d’énormes pesanteurs.

Celle-ci souffre, avant tout, de l’absence de leaders capables de porter l’aspiration des précurseurs de l’unité africaine. “On trouve ici et là en Afrique des idéologues qui, regrette Owona Nguini, continuent de voir le panafricanisme comme un instrument de son émancipation et de son développement. Mais, ils ne sont pas dotés de pouvoir étatique”.

Témoin de cette analyse, au Cameroun par exemple, Hubert Kamgang de l’Union des populations africaines (UPA) n’est jamais parvenu, en trois participations à l’élection présidentielle (1997, 2004 et 2011), à atteindre la barre de 1% des suffrages, faute déjà d’un trésor de guerre électoral pour véhiculer ses idées.

Au-delà du déficit de leadership, les moyens de son ambition manquent à l’UA. Ainsi, le budget 2013 de la Commission, évalué à 280 millions USD, est prévu d’être financé à 96,16 % par des partenaires extérieurs, selon les précisions annoncées par des responsables de la Commission lors du dernier sommet des chefs d’Etat en juillet 2012 à Addis-Abeba en Ethiopie, siège de l’organisation.

Pour la Force africaine en attente (FAA) en voie de mise en place pour la gestion des crises et conflits armés, les ressources prévisionnelles allouées par l’UA se chiffrent 1 milliard de FCFA pour des besoins évalués à 10 milliards de FCFA.

En outre, d’après le rapport sur le Conseil de paix et de sécurité de l’organisation continentale établi par l’Institut d’études de sécurité, un think-tank basé à Pretoria en Afrique du Sud, les Etats membres ont fourni seulement 2 % des 779.158.791 USD nécessaires au financement des activités du Fonds pour la paix de l’UA entre 2008 et 2011.

Par le passé, cette absence de moyens associée aux divergences de vues entre pays africains à plombé l’action de l’OUA, qui a au moins le mérite d’avoir jeté les bases d’une dynamique de rapprochement et d’unité des populations africaines. Ce qui se démontre par la mise en place de communautés économiques dans les différentes régions du continent.

L’on distingue ainsi la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC) avec la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) avec l’Union économique monétaire ouest-africaine (UEMOA), la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Est (EAC).

Il est vrai cependant que l’efficacité de ces organisations s’avère problématique, au point que le commerce intra-africain reste au plus bas niveau (entre 11 et 12%, contre 65% en Europe et 55% en Amérique du Nord et en Asie, selon les statistiques), du fait des obstacles déplorés dans la libre circulation des personnes et des biens.

“L’Afrique noire est mal partie”, résumait il y a bien longtemps par le titre d’un ouvrage le Français René Dumont. Ce pessimisme jugé double de racisme est aujourd’hui balayé du revers de la main par une certaine élite dirigeante, managériale et intellectuelle africaine qui, se fondant sur les immenses richesses dont il regorge et qui attirent désormais toutes sortes de convoitises, dit croire dur comme fer à l’émergence du continent.

“Dès que les panafricanistes auront pris le pouvoir dans un certain nombre d’Etats, ces derniers se fédéreront (…) pour former le noyau des Etats-Unis d’Afrique (…) qui favorisera la conquête du pouvoir par les panafricanistes dans les autres Etats africains encore néo-colonisés”, entrevoit Hubert Kamgang.

A l’Union africaine, le projet de l’Université panafricaine (UPA) chargée de la formation d’une nouvelle génération de jeunes Africains acquis à la cause du décollage économique du continent a ouvert ses premières facultés en 2012, dont le pôle régional d’Afrique centrale au Cameroun. L’organisation a aussi créé un corps de jeunes volontaires pour la promotion des valeurs panafricanistes, qui a eu à donner de la voix lors du 17e sommet en juin-juillet à Malabo en Guinée équatoriale.

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