Nelson Mandela : l’homme qui m’a appris à être fort !

L’on ne peut comprendre le titre si je n’explique pas que je le dois au film 12 years A Slave. Ce long métrage met en vedette l’Anglo-nigérian Chiwetel Ejiofor et l’Américano-kenyanne, Lupita Nyongo’o. En guise de synopsis, je dirais que c’est l’histoire d’un homme libre que l’on capture et transforme en esclave pendant 12 ans. Ce chef d’œuvre cinématographique est à voir par tous ceux qui désirent imaginer la souffrance des Noirs au sombre temps de l’esclavage. Mieux, il est même à regarder par tous les Noirs qui désirent se construire, comprendre ce qu’ont vécu leurs ancêtres, retrouver la matière qui fera de chacun d’entre eux un arbre qui pourra nourrir l’ambition de gratter sereinement le ciel car il aura été profondément enraciné dans le sol.

Dans ce film, le jeu des acteurs est à couper le souffle, tant il est juste; si juste que la violence avec laquelle l’on animalise, chosifie les Noirs vous révolte, vous fait pleurer et quand vous êtes un homme, vous rend faible. Pourquoi? Parce qu’en tant qu’homme, vous mettant à la place des personnages masculins, vous vous dites que vous n’auriez pas fait mieux. Mieux fais quoi? Me demandez-vous, vous n’auriez sans doute pas pu ou su protéger les vôtres, sauver votre honneur, empêcher que le maître viole votre consœur d’infortune. Vous vous dites que vous n’auriez pas risqué votre vie pour qu’un peu de sa dignité soit préservée. Vous auriez été aussi couard, lâche, impuissant, mollasson, FAIBLE que tous les acteurs.

Sacrifice

Bon sang, quel lien avec Mandela? Semblent me demander plusieurs. Eh bien, c’est un des hommes, disons, la figure iconique de la lutte Anti-apartheid. Il est fort utile de rappeler ici qu’il s’agissait d’un système de ségrégation raciale né après la shoah, après la 2e guerre mondiale, un système qui a vécu plusieurs décennies durant au su et au vu de tous, y compris la soi-disant communauté internationale. Dans ce fameux système, le Blanc était automatiquement supérieur, Le supérieur parce qu’il était Blanc. Le Noir n’était pas l’inférieur, oh que Non ! Il était beaucoup moins, il constituait une chose, un meuble au mieux un animal, simplement parce qu’il était Noir. Ainsi donc, en Afrique du Sud vers le milieu siècle dernier, comme au temps de l’esclavage, on déniait à l’homme Noir sa condition d’homme. On lui avait arraché, on lui avait volé son humanité. La petite minorité blanche dominait l’immense majorité noire. Les Noirs étaient faibles, à tout le moins, je crois, beaucoup ont dû connaitre ce sentiment. Ils auraient pu s’y résigner et tenter de devenir comme dirait l’autre des Nègres de maison.

C’était sans compter sur Mandela – qui n’a jamais été seul dans ce combat. C’était sans compter sur la pugnacité, la ténacité, la férocité du boxeur qui ne veut pas perdre le combat et qui est prêt à aller jusqu’au 27e round pour battre son adversaire. Il a combattu 27 ans durant, a accepté de souffrir pour l’ensemble de son peuple – Noirs, Indiens, Métis et Blancs – pour son idéal, pour la liberté. Cette haute et noble lutte a été menée au prix de ne pas aimer sa femme comme un homme peut et doit le faire, de ne pas partager noël en famille, de ne pas fêter l’anniversaire de ses enfants, de ne pas dormir dans un lit chaud, de ne pas profiter de tous les nombreux autres plaisirs charnels qui suffisent à dérouter la vaste majorité d’entre nous. Ce combat, écris-je, a été fait alors qu’il a souvent douté, qu’il n’était sans doute pas sûr qu’il le remporterait. Ce combat a été mené malgré tout, de bout en bout, sans qu’il ne soit persuadé que lui-même profiterait des réalités réjouissantes de la victoire.

Voilà pourquoi Mandela m’a rendu fort ! À tout le moins, il m’a permis de comprendre le nécessaire sacrifice et l’implacable solitude qui sont à la dimension du combat à mener. Il faut se lever tôt pour prétendre pouvoir se battre pour la juste cause, pour célébrer la Maât, aurait sans doute dit le Grand Gardien des Traditions devant l’Éternel, Dieudonné Iyodi*. Cependant, je vous l’accorde, mettre en œuvre cette leçon est toute une autre paire de manche.

Responsabilité

Et pourtant, il faudra bien que les Africains refusent la faiblesse et optent, au contraire pour le sacrifice. Il faudra refuser d’être des Nègres de maison si nous voulons éviter les néocolonialismes qui se profilent. Ne nous y trompons pas, l’Afrique est toujours pour plusieurs un gâteau à partager comme lors de cette fameuse conférence de 1884-1885. Les formes sont différentes mais l’enjeu principal, le même. En témoignent les violences et les viols dont le continent a été l’objet tout récemment. Entend qui a des oreilles.

Nul mieux que Bigaro Diop n’a su dire que les morts ne sont pas morts. En tant qu’Africain, j’y adhère sans condition. Je souscris également à la sagesse qui veut que l’on ne peut tuer une idée, un idéal.

Je suis triste de la mort du célèbre prisonnier numéro 466 entré en 1964 (d’où le 46664) mais suis heureux d’avoir été de son temps et de son époque et surtout qu’il m’ait appris à être fort !

Mandela – qui a été longtemps vu en Occident comme un terroriste comme Um Nyobè**  était maquisard – aura été pour moi cet homme qui se sera tenu debout sans couardise, qui aura épousé l’idéal de Justice et se sera battu pour elle et lui aura été fidèle jusqu’à la mort. Il aura été un Chef qui a d’abord vécu pour son peuple et non pour lui-même. D’un mot, il aura enfin été la grandissime célébration des Noirs face à ce que j’ai appelé dans ce texte la poltronnerie, la couardise, la faiblesse.

J’ai dit grandissime mais pas ultime car en vérité les chaînes autour des mains et des pieds des Africains sont encore nombreuses, multiples et variées. La jeunesse africaine saura-t-elle être forte? Les jeunes Africains choisiront-ils d’être des Nègres de maison ou des Nègres de salon? Répondre à cette question reviendra à déterminer ce que nous aurons fait de l’héritage cet Africain né dans une famille royale Xhosa.

Serge TCHAHA***

*Il est l’auteur du livre qui porte sur les Traditions africaines MBÔMBÔLÈ (paru en 2013 aux éd. Kiyikaat)

**Une des figures centrales de la lutte pour l’Indépendance du Cameroun

**Originaire du pays des Lions Indomptables, il est chroniqueur économique et essayiste

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