L'Afrique doit chercher à s'intégrer aux chaînes de valeur mondiales, selon Kaberuka

PARIS, 7 octobre (Xinhua) — L’Afrique doit chercher à s’intégrer aux chaînes de valeur mondiales, a souligné lundi à Paris Donald Kaberuka, le président de la Banque africaine de développement (BAD), dans une interview accordée à Xinhua (Agence Chine Nouvelle) en marge du Forum de l’OCDE sur l’Afrique.

Voici le texte intégral de l’interview :

Question (Xinhua) : Quelles perspectives pour l’économie africaine sur le moyen terme ?

Réponse (Kaberuka) : Actuellement, nos prévisions pour l’Afrique subsaharienne sont autour de 6%. Avec la crise en Afrique du Nord, la moyenne pour toute l’Afrique sera de 4,8%, parce que l’activité a beaucoup baissé en Egypte et en Tunisie. Mais, les prévisions pour l’Afrique restent bonnes et solides, malgré la crise internationale. Cela est très encourageant. Le véritable problème, c’est que la croissance reste forte, mais la transformation (économique) assez limitée. La création d’emplois pose problème. C’est le véritable défi de l’Afrique sur le moyen terme.

Question : Vous avez dit que l’urgence pour l’Afrique est aussi de libérer le potentiel interne. Quel potentiel vous signifiez? Comment réaliser cela?

Réponse : Le modèle qui est axé sur l’exploitation, comme vous avez (fait) en Chine, est bon au départ, mais il connaît aussi ses limites. Donc, il faut accoupler cela à la croissance de la demande intérieure, que cela soit en Chine ou en Afrique. Maintenant, en Afrique, il s’agit d’accélérer l’intégration africaine. Nous sommes 54 pays, 54 petits marchés. Il faut les intégrer, les mettre ensemble, ce qui permet à la demande intérieure du continent de se manifester plus fortement que ce n’est le cas aujourd’hui.

Question : Promouvoir le commerce entre les Etats africains?

Réponse : Non seulement le commerce, mais aussi l’investissement, la mobilité des hommes et femmes d’affaires, le partage de risques, la maximisation du potentiel et de la diversité. C’est cela qui permet à la demande intérieure de s’accroître.

Question : Depuis 2008, on entend parler de plus en plus d’une industrialisation en Afrique. Quel est l’état réel de ce processus? Est-ce qu’elle constitue la prochaine étape de la transformation économique du continent?

Réponse : C’est une évidence. Comme je vous l’ai dit, au départ, il y a la croissance économique, mais il faut aussi la transformation économique. Cela passe par l’industrialisation. Mais, ce qui est différent des situations précédentes – occidentale ou chinoise, c’est qu’aujourd’hui, il n’y a plus la nécessité d’être compétitif, comparatif sur tout un produit. Il suffit d’identifier ce qu’on appelle les chaînes de valeur internationales et s’insérer là-dessus. L’exemple qu’on donne souvent, c’est que dans un téléphone mobile comme le vôtre, il y a une centaine d’éléments, il faut qu’on en fabrique au moins quelques-uns. On n’a pas besoin de fabriquer tout l’appareil, mais quelques-uns de ces éléments. Cela demande quand même des préalables : les infrastructures, la formation des hommes, mais aussi l’intégration économique.

Question : Est-ce qu’il y a des modèles pour l’industrialisation de l’Afrique?

Réponse : Le modèle en tant que tel n’existe pas. Comme j’ai dit, il faut chercher dans les chaînes de valeur mondiales où nous avons un avantage comparatif. Je crois que chaque pays ou chaque région peut situer sur cette chaîne de valeur un point précis où il a ses avantages comparatifs. Je vous donne le cas de l’Ethiopie, qui vient de recevoir le deuxième producteur mondial de textile, une entreprise suédoise, parce que l’Ethiopie a un avantage assez important sur le coût de l’énergie, qui s’élève à 5 cents par kilowattheure, et une population de 85 millions d’habitants, d’où un coût de main-d’oeuvre bas. Donc, pour le textile, (ce pays) est comparatif. Mais, d’autres pays ne le seront pas, parce que l’énergie coûte trop cher. Alors, il faut trouver d’autres éléments sur une autre chaîne de valeur, où on a un avantage comparatif.

Question : Comment l’Afrique peut bénéficier de ses relations avec les différentes puissances du monde?

Réponse : Il ne s’agit pas de choisir les partenaires. Nous, Africains, on aime travailler avec tout le monde : partenaires traditionnels, nouveaux, à venir… Les gens parlent beaucoup de la Chine en Afrique, mais il y a aussi la Turquie, le Brésil, l’Inde et la Malaisie. Il y a aussi à l’intérieur de l’Afrique elle-même des partenaires qui se développent. Je crois que l’important, c’est la question de la chaîne de valeur mondiale, où on peut s’insérer, puis choisir les partenaires qui nous aident à le faire.

Question : L’Afrique attire de plus en plus d’investissements étrangers, mais bénéfie de moins en moins de l’aide au développement. Comment équilibrer les investissements et l’aide au développement?

Réponse : D’abord, il y a un gros malentendu, qui n’est pas souvent mis en relief. Pour le financement du développement en Afrique, il y a plusieurs sources de moyens. Il y a d’abord des ressources internes, qui sont souvent les plus importantes. Il y a (aussi) les transferts des migrants, il y a l’investissement, il y a les exploitations et il y a le co-développement. En dehors de quelques petits pays fragiles, l’aide publique au développement (APD) n’est pas le plus important élément de financement du développement, sauf pour une dizaine de pays qui connaît des difficultés. Maintenant, on constate que l’APD commence à stagner et qu’il est petit à petit remplacé par l’investissement, par de nouveaux flux de revenus axés sur les marchés des capitaux. C’est le voyage naturel de tout un pays, même de pays qui sont aujourd’hui assez prospères.

Question : S’agissant de la Chine, quel est votre avis sur sa transformation structurelle? Elle aura une influence sur l’Afrique?

Réponse : Ce qui s’est passé en Chine depuis 30 ans est remarquable. C’est une transformation qui fait l’admiration de tous. Comme j’ai dit ce matin, il n’y a aucun modèle de développement qui est transposable. Je crois que la Chine a fait son expérience. L’Afrique saura faire sa propre expérience. Il y a des leçons à tirer du modèle chinois ou brésilien, mais aussi de nos échecs et de nos réussites. Ce n’est pas un copié-collé. Le développement, ce n’est pas copier chez l’autre et reproduire chez soi. Je crois qu’on apprend de partout. Mais, ceci dit, nous apprenons de chez vous (en Chine) l’importance des institutions qui orientent le développement, l’importance des infrastructures, l’importance de l’investissement dans l’éducation.

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