Le FMI juge inquiétante pour l'Afrique un possible resserrement de la politique monétaire américaine

YAOUNDE, 29 avril (Xinhua) — A 4,5% de croissance moyenne, l’Afrique subsaharienne, pourtant secouée par la chute des prix du pétrole et d’autres matières premières, continuera d’être avec l’Asie du Sud-Est l’une des régions les économiquement dynamiques en 2015, soutient le directeur adjoint du département Afrique du Fonds monétaire international (FMI), Roger Nord.

Dans une interview accordée à Xinhua mardi à Yaoundé en marge de la présentation du Rapport sur les perspectives économiques en Afrique subsaharienne d’avril 2015, le dirigeant financier a salué l’option des emprunts obligataires de plus en plus utilisée par les pays du continent pour financer leurs économies, une stratégie cependant menacée par la possibilité de resserrement de la politique monétaire des Etats-Unis, estime-t-il.

Question : Monsieur le directeur, il y a deux chocs qui apparaissent pour les économies de l’Afrique subsaharienne : la chute des prix du pétrole et d’autres matières premières dont elles sont pourvoyeuses puis l’insécurité aux frontières ou à l’ intérieur des pays comme le Cameroun, le Tchad et le Nigeria à cause de Boko Haram. S’agissant des prix des matières premières, est-il possible que ce choc s’estompe dans les mois à venir ?

R : Pour la première chose à dire, c’est que dans l’analyse du FMI la croissance en Afrique subsaharienne en 2015 demeurera solide : 4,5%en moyenne. Et bonne nouvelle : encore plus vigoureuse pour les pays les plus pauvres, nous l’estimons à 6,5% pour 2015.

Q : Quand vous parlez de pays les plus pauvres, lesquels par exemple ?

R : Je pense par exemple aux pays comme l’Ouganda, comme le Rwanda, comme le Mozambique, des pays qui ne sont pas à revenu moyen mais qui sont à bas revenu. Cela étant dit, le choc de la chute du prix du baril est un choc sévère, surtout bien sûr pour les pays producteurs de pétrole. La chute du prix du baril de 50% représente un choc aussi bien pour les exportations que pour les recettes budgétaires et un ajustement sera sans doute inévitable. Et en même temps il y a aussi la chute des prix d’autres matières premières, je pense là par exemple au minerai de fer. Mais il ne faut pas oublier que la grande majorité des pays africains sont importateurs de pétrole et pour ces pays-là, la chute du prix du baril est un choc positif, pour la balance de paiements, mais aussi pour les consommateurs qui font face à des prix à la pompe ou de l’électricité mois élevés.

Q : Beaucoup de ces pays se sont lancés à des emprunts obligataires sur le marché financier. Quel impact ce choc peut-il avoir ces opérations ?

R : La première chose à dire, c’est qu’en 2013-2014 un nombre record de pays africains ont pu accéder aux marchés financiers internationaux. Je pense là au Kenya mais aussi à des pays plus pauvres, comme l’Ethiopie, comme le Rwanda. C’est une bonne chose pour l’Afrique, parce que c’est une diversification des sources de

financement. Maintenant, quel est l’impact de ces chocs que vous avez évoqués sur leur accès ? Je dirais, pour le moment les pays africains continuent d’avoir accès aux marchés. L’évolution qui peut inquiéter,c’est qu’au niveau mondial les taux d’intérêt vont sans doute monter quand la FED ou Réserve [fédérale] va resserrer la politique monétaire aux Etats-Unis. Ce resserrement mènera à des taux d’intérêt plus élevés, donc à des coûts plus élevés pour les pays africains. Cela est effectivement une inquiétude.

Q : Il s’observe une légère décélération de la croissance en Chine, qui est aujourd’hui le premier partenaire commercial de l’ Afrique. Faut-il s’en inquiéter, surtout en matière de demande ?

R : La Chine est un partenaire très important pour l’Afrique. Effectivement, c’est le partenaire commercial numéro un de l’ Afrique.Donc, une décélération en Chine a un impact pour l’Afrique comme pour le monde entier d’ailleurs. Mais il ne faut pas oublier que les taux de croissance en Chine demeurent très élevés par rapport au reste du monde. 6%, même 7%, ce sont des taux de croissance très importants,qui continuent à avoir des effets bénéfiques pour l’Afrique.

Q : Comment appréciez-vous la création, à l’initiative notamment de la Chine, de la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (BAII) avec la participation de pays occidentaux comme la France, la Grande-Bretagne ou encore l’Allemagne ?

R : Je crois que c’est une initiative très importante. Pourquoi ?Parce que cette banque d’investissement représentera encore une source supplémentaire de financement pour les infrastructures, des infrastructures qui sont tout à fait essentielles pour le développement économique en Afrique, mais non pas seulement en Afrique. Donc, nous nous réjouissons de la création de cette banque d’investissement dans les infrastructures qui va, à notre avis, aider beaucoup les pays en développement pour mettre en place les infrastructures nécessaires.

Q : Je prends le cas de l’Afrique centrale où il est fait état d’ un gap de financements publics de l’ordre de 925 milliards de francs CFA. Dans le même temps, on parle de la fuite des capitaux et de l’évasion fiscale. Quelles sont les mesures que le FMI préconise ou envisage elle-même de son côté pour aider ces pays-là à faire face un phénomène crucial comme celui-là ?

R : Ce qui est important, c’est en premier lieu de créer un environnement propice pour les investissements. Si vous créez un environnement des affaires propice, vous attirez les investisseurs, ils vont investir en Afrique et en Afrique centrale en particulier. Mais la deuxième chose à faire, c’est au plan national s’assurer que les politiques de gestion des finances publiques sont en place pour maximiser le rendement sur ces investissements. Il ne faut pas oublier qu’il y a de bons investissements, il y a de mauvais investissements. Il faut surtout que les deniers publics soient de bons investissements, sinon ces investissements vont se traduire non pas en croissance, mais en dette. Et cela, il faut l’éviter.

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