Côte d’Ivoire/Présidentielle : un scrutin émaillé d’incidents

Côte d’Ivoire/Présidentielle : un scrutin émaillé d’incidents

Les bureaux de vote pour le premier tour de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire ont commencé à fermer peu après 18H00 (locale et GMT), 10 heures après le démarrage des opérations de vote dans un climat tendu marqué par une faible participation et des violences.

Dans un bureau de vote de Yopougon, la plus grande commune d’Abidjan, le dépouillement a commencé juste après l’heure officielle de fermeture, a constaté un journaliste de Xinhua sur place. Après la rupture du scellé de l’urne, les bulletins sont sortis l’un après l’autre et les voix des candidats marquées à la craie dans des colonnes tracées sur un grand tableau noir.

Quatre candidats, Alassane Ouattara, le président sortant qui brigue un 3e mandat, Henri Konan Bédié (PDCI, opposition), Pascal Affi N’guessan (FPI, opposition) et l’indépendant Bertin Kouadio Konan ont été retenus par le Conseil constitutionnel pour le scrutin.

Les deux candidats de l’opposition ont appelé à la désobéissance civile et au boycott du processus électoral, laissant face à face Alassane Ouattara et Kouadio Konan Bertin.

FAIBLE AFFLUENCE DANS LES BUREAUX DE VOTE

Ouverts avec du retard dans la quasi-totalité des centres de vote, la majorité des bureaux de vote n’ont pas été pris d’assaut par les électeurs à Abidjan.

Aux premières heures, un grand nombre de personnes attendant de voter, dans le calme, a été observé dans les quartiers Wassakara et Port Bouet 2 ou encore au Grouoe scolaire Libanais réputés favorables au candidat du parti au pouvoir à Yopougon.

A côté, dans d’autres quartiers comme Sicogi, Sogefiha, Ananeraie ou Maroc, où l’opposition est plus ancrée, les bureaux de vote sont restés quasiment vides à la mi-journée. “Il n’y a pas eu d’affluence comme en 2010 ou en 2015, en tout cas les électeurs ne se bousculent pas et on se tourne les pouces”, confiait en fin d’après-midi un agent électoral.

Selon des habitants joints au téléphone dans d’autres communes d’Abidjan, le spectacle était semblable. Les rues étaient désertes, les commerces et services fermés, les taxis et minibus presqu’à l’arrêt et les populations ont préféré rester chez elles.

En cause, l’appel au boycott lancé par les candidats de l’opposition dont les manifestations sur le terrain ont fait, avant le jour de vote, au moins 30 morts et des centaines de personnes interpellés sans compter les saccages de biens privés et publics, selon les chiffres officiels.

Selon la Mission d’observation électorale de l’ONG WANEP-CI, “le sentiment de peur et de psychose ambiant a impacté la mobilisation des électeurs” à l’ouverture du scrutin.

Près de 10.000 observateurs nationaux et internationaux dont plusieurs centaines de membres issus des institutions internationales et régionales telles l’Union africaine (UA), la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l’Union européenne (UE) et de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) sont présents dans les bureaux de vote pour attester de la crédibilité du scrutin.

Si, à Abidjan et dans quelques grands centres urbains comme Bouaké (centre), les opérations de vote se sont globalement déroulés dans le calme, dans les localités sous-préfectorales et les villages la situation était plus tendue.

L’ONG Indigo qui a déployé plus de 1.000 observateurs sur le territoire ivoirien estimait que 21% des bureaux de vote “n’avaient toujours pas ouvert à midi sur l’ensemble du territoire national”.

DES DEGATS MINIMES, SELON LES AUTORITES

Dans un bilan à la mi-journée après avoir voté dans un centre de Cocody à Abidjan, le président de la Commission électorale indépendante (CEI), Ibrahime Coulibaly-Kuibiert, a reconnu que dans certaines zones, “il y a quelques soubresauts, quelques empêchements de vote et des destructions de biens matériels électoraux”.

A l’en croire, “il y a un engouement sur toute l’étendue du territoire, les dégâts sont minimes, à peine 25 ou 30 ou 40 bureaux de vote sont concernés”.

Près de 7,5 millions d’Ivoiriens ont été appelés aux urnes dans 10.815 lieux et 22.381 bureaux de vote sur toute l’étendue du territoire national.

Adversaire d’Ouattara, Kouadio Konan Bertin votait dans sa ville natale à Lakota (sud, 190 km d’Abidjan), Alassane Ouattara lui était à Cocody à Abidjan.

“A part quelques endroits isolés, notamment, une dizaine, les votes se déroulent bien et les Ivoiriens sont sortis nombreux pour voter”, a déclaré Alassane Ouattara après son vote peu avant midi.

Même son de cloche avec le Premier ministre et ministre de la Défense, Hamed Bakayoko, qui a voté dans la commune abidjanaise d’Abobo dont il est le maire. “On nous avait annoncé l’apocalypse, mais la Côte d’Ivoire est toujours là”, a-t-il déclaré avant d’assurer que le gouvernement veillera à ce que “les choses se passent dans les meilleures conditions”.

Le président de la CEI, Ibrahime Coulibaly-Kuibiert, a promis proclamer dans “les meilleurs délais” les résultats provisoires à confirmer par le Conseil constitutionnel.

Selon le code électoral ivoirien, le président de la République est élu pour un mandat de cinq ans et il n’est rééligible qu’une fois. Son élection est acquise à la majorité absolue des suffrages exprimés et si celle-ci n’est pas obtenue il est procédé à un second tour 15 jours après la proclamation des résultats du premier tour.

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