Centrafrique : Catherine Samba-Panza, une femme de caractère

BANGUI, 20 janvier (Xinhua) — Première femme à diriger la République centrafricaine (RCA), Catherine Samba-Panza, maire de Bangui élue lundi présidente de la transition par le Conseil national de transition (CNT, Parlement provisoire en place depuis 2013) face à Bilal Désiré Nzanga-Kolingba, fils de l’ex-président André Kolingba, aura la délicate tâche d’oeuvrer pour le retour de la paix et de la sécurité dans un pays meurtri par une spirale de violences interminables.

Acteur de la société civile centrafricaine, Mme Samba-Panza, 58 ans, a été élue au second tour lors d’un vote à bulletins secrets de 129 membres présents du CNT sur 135, par 75 voix contre 53 pour son challengeur Nzanga-Kolingba, son aîné de trois ans, après s’être imposée au premier tour avec 64 voix, contre 57 pour celui- ci.

Cette élection intervient après la démission sous la pression des dirigeants de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC) réunis en sommet extraordinaire les 9 et 10 janvier à N’Djamena au Tchad et surtout de la France, ex-puissance colonisatrice de la RCA, de Michel Djotodia, ex-leader de l’ex- alliance rebelle Séléka, et de Nicolas Tiangaye, Premier ministre du gouvernement d’union nationale nommé par l’accord politique conclu le 11 janvier 2013 à Libreville au Gabon.

Ces deux dirigeants ont été écartés après un constat de leur incapacité à mettre au terme aux violences qui ont plongé depuis plusieurs mois la RCA dans le chaos sécuritaire et humanitaire, à cause de la résistance organisée à travers le pays par les milices d’autodéfense chrétiennes anti-Balakas (anti-machettes) hostiles au pouvoir de Djotodia, en représailles aux exactions des ex- rebelles Séléka à dominante, un conflit ayant dégénéré en affrontements intercommunautaires et confessionnels entre chrétiens et musulmans.

Première femme à occuper la fonction de chef d’Etat dans l’ histoire de ce pays pauvre et enclavé d’Afrique centrale, sans accès à la mer, Catherine Samba-Panza aure naturellement du pain sur la planche pour créer les conditions d’un retour à la paix et la sécurité et organiser dans un climat apaisé des élections générales destinées à doter la RCA d’un nouveau président et d’une nouvelle Assemblée nationale démocratiquement élus au terme d’une transition censée prendre fin au premier trimestre 2015.

Spécialiste des assurances, la nouvelle présidente de la transition s’est fait connaître des Centrafricains comme une femme de caractère avec des appels à la paix et la réconciliation nationale depuis sa nomination par Michel Djotodia comme maire de Bangui en juin 2013. De sorte qu’avant le vote des parlementaires du CNT, son com était cité parmi les favoris pour l’emporter.

Aussitôt élue, elle a d’ailleurs lancé un nouvel “appel vibrant ” à la paix à ses quelque 4,6 millions compatriotes dont près la moitié a aujourd’hui besoin d’assistance humanitaire et près plusieurs milliers ont perdu leur vie dans les violences, selon les Nations Unies.

Mariée et mère de trois enfants, cette dame de 58 ans avait présidé les assises du dialogue politique inclusif (DPI) en 2009 ayant conduit à des accords de paix de Libreville entre le pouvoir de François Bozizé et l’opposition politico-militaire. Un compromis ayant aussi favorisé le retour d’exil de plusieurs personnalités dont le défunt président Ange-Félix Patassé, renversé en mars 2003 par un coup d’Etat de François Bozizé.

Comme bien d’autres hauts responsables centrafricains, la nouvelle présidente de la transition a effectué ses études en France, notamment à l’Université d’Assas (Paris II) où elle est titulaire d’un diplôme d’études supérieures spécialisées en droit des assurances. Militante des droits de l’homme, elle a servi comme vice-présidente de l’Association des femmes juristes de Centrafrique avant de devenir membre du Groupe des sages de Centrafrique.

Son élection, qui marque le grand moment d’une session spéciale du Conseil national de transition ouverte le 14 janvier au siege de l’Assemblée nationale à Bangui, a été unanimenent saluée par la classe politique, la société civile et même les milices anti- Balakas et les ex-rebelles Séléka qui lui ont pris leur collaboration pour restaurer la paix et la sécurité dans le pays.

Son entrée en fonction symbolisée par la prestation de serment devant le Conseil constitutionnel aura lieu après les 15 jours d’intérim assuré depuis le 10 janvier par le président du CNT, Alexandre-Ferdinand Nguendet, sur la base des dispositions de la Charte constitutionnelle (Constitution provisoire adoptée en juillet 2013).

Entre-temps, Catherine Samba-Panza entamera des consultations pour la nomination d’un nouveau Premier ministre du gouvernement d’union nationale avec lequel elle conduira le processus de transition.

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