La CEEAC en passe de créer un marché commun des arts et de la culture, avec un statut des artistes

YAOUNDE, 31 octobre (Xinhua) — Un pas vers la consolidation de l’intégration régionale qui avance au petit trot depuis la création de cette organisation en 1983, les pays membres de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC) sont en passe de créer un marché commun des arts et de la culture, avec en prime la mise en place d’un statut des artistes et des autres acteurs du secteur.

En application d’une recommandation de l’Union africaine (UA) visant à “faire de la culture un élément catalyseur de la transformation socioéconomique de l’Afrique”, une réunion des ministres de la Culture de la CEEAC a achevé jeudi à Yaoundé, après trois ans de concertations, l’élaboration de la “Stratégie sous-régionale sur le développement et la promotion de la culture en Afrique centrale”.

Partant du double constat que l’Afrique ne fournit qu’une part dérisoire de 0,4% dans les exportations mondiales des biens culturels et qu’en Afrique centrale beaucoup d’artistes sont encore dans l’incapacité de vivre de leur art alors que l’art africain a fait son entrée sur la scène internationale depuis fort longtemps, ce document se veut un “outil stratégique de mise en  uvre des politiques culturelles adaptées au développement sans cesse croissant des industries culturelles”.

Pour l’essentiel, cet instrument présent en présence du secrétaire général adjoint de la CEEAC chargé du département de l’ intégration socioculturelle, Crispin Jaime Sangale Rondo, et du directeur par intérim du Bureau régional de l’Organisation internationale de la francophonie pour l’Afrique centrale et l’ océan Indien, Kanel Engandja-Ngoulou, consacre la création d’un marché commun des arts et de la culturel.

D’après M. Sangale Rondo, il repose sur six axes majeurs, avec pour objectifs de : faciliter la circulation des acteurs culturels et de leurs produits dans la sous-région, aider à la création d’un centre de formation des métiers de la culture, faciliter l’accès des acteurs culturels aux financements, encourager l’élaboration d’ un statut pour les artistes et les professionnels de la culture, adopter une stratégie de lutte contre la piraterie et appuyer la création d’une banque de données culturelles sous-régionale.

“Mon sentiment, c’est une haute satisfaction, parce que nous arrivons aujourd’hui à remettre cette stratégie au gouvernement du Cameroun. On est ici pour venir dire au Cameroun que la CEEAC a besoin de développer la stratégie, développer la vision des chefs d’Etat,développer une nécessité de nos artistes”, a souligné ce responsable institutionnel à la presse.

En attendant sa validation par les chefs d’Etat, ce cadre de partenariat couvre une période de six ans (2014-2020). “Il y a des programmes chaque année. Pour l’année 2015, le budget est déjà prêt pour qu’à partir de janvier on commence à développer la stratégie”, a précisé le secrétaire général adjoint de la CEEAC faisant état d’un budget de 250 millions de francs CFA (500.000 dollars) pour 2015.

La création d’un marché commun des arts et de la culture a pour but de permettre une meilleure valorisation du patrimoine spécifique à chacun des 10 pays de la région (Angola, Burundi, Cameroun, Congo,Gabon, Guinée équatoriale, République centrafricaine, République démocratique du Congo, Sao Tomé & Principe et Tchad) à travers sa diffusion et sa circulation dans l’ espace communautaire.

Tous des ex-colonies des puissances occidentales (France,Grande- Bretagne, Belgique, Portugal, Espagne), ces pays ont singé depuis des années des accords de coopération bilatérale, surtout dans le domaine de la coproduction cinématographique, en plus des accords de coopération multilatérale et de nombreuses conventions internationales incluant la culture et les échanges culturels.

Un état des lieux décrit dans la stratégie observe cependant que “malgré l’existence de ces cadres formels de coopération et d’ échanges culturels, il y a en réalité, très peu d’échanges artistiques et d’actions de coopération culturelle entre les Etats membres de la CEEAC”. Une des causes de cette situation réside dans les volumes faibles des ressources nationales consacrées à la culture.

En effet, d’après les estimations, les dépenses publiques dans le domaine de la culture dans la zone CEEAC s’établissent en moyenne à moins de 0,5% des budgets nationaux.

Avec l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), l’OIF a accompagné le processus d’ élaboration de la stratégie sur le développement et la promotion de la culture.

“Nous avons été dans la conception même du projet. La CEEAC nous a sollicités pour venir en appui technique”, a affirmé Dr. Kanel Engandja-Ngoulou. L’organisation a aussi offert un appui financier.

La réunion ministérielle de Yaoundé qui s’est poursuivie vendredi a été précédée d’une rencontre similaire en novembre 2013 et d’un Forum des partenaires du projet régional “culture, intégration et développement” un an auparavant dans la même ville.

Hôte des assises, la ministre camerounaise des Arts et de la Culture, Ama Tutu Muna, se félicite déjà des premières retombées de la mise en oeuvre de la stratégie à travers la décision prise par la CEEAC, organisation basée à Libreville (Gabon), “d’ accompagner le gouvernement du Cameroun dans l’organisation du Salon du livre à partir de son édition 2015”.

“Nous avons déjà commencé par anticipation cette mise en oeuvre avec un certain nombre de projets. Il ne s’agit pas seulement de notre salon du livre. Imaginez par exemple le festival de la musique qui se déroule à Brazzaville, le FESPAM, et que nous tous nous décidons de nous tourner vers ces FESPAM et de lui donner toute son importance.C’est un grand marché qui s’établit. C’est une grande plateforme pour nous de l’Afrique centrale, pour nos artistes”, a exposé la ministre.

Pour le ministre centrafricain du Tourisme, des Arts, de la Culture et de l’Artisanat, Romaric Vomatiade, “la culture est un élément indispensable pour un peuple. Par rapport à tous les événements que nous avons connus dans notre pays (crises politiques et putschs militaires, NDLR), on considère la culture comme un moyen d’unification, un moyen qui peut permettre au peuple centrafricain d’oublier le passé et de s’aimer”.

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