L’un des tous premiers lieux de culture de la capitale, la maison de la culture Baba Moustapha a contribué a forgé les esprits de plusieurs générations de Tchadiens. Aujourd’hui, cette maison presque abandonnée par sa tutelle, perdant sa splendeur et ne fonctionne qu’au jour le jour. Reportage. 

Un calme d’église règne dans tous les coins de ce temple de culture. Le hall sent la culture. Par endroit, les murs sont revêtus des tissus et d’objets d’arts aussi significatifs qu’inspirants. Dans la cour exiguë parsemée de manguiers, deux jeunes sont aperçus en plein échange.

La salle de spectacle tout comme celle de conférence sont vides. C’est comme si le temps s’est arrêté dans ce lieu censé être bouillonnant ou du moins vivant.

La directrice, Mme Mekoulnodji Modoum, debout dans son bureau, est en train de ranger quelques feuilles de papier dans l’imprimante. « Je viens de les (feuilles) acheter avec mon argent pour travailler », dit-elle.

Ce haut lieu de la culture est à l’agonie. Depuis 2014, la maison de la culture Baba Moustapha n’a reçu aucune subvention de l’Etat. « Ni un budget de fonctionnement », martèle la directrice d’une voix fluette. Pourtant, elle est placée sous la tutelle du ministère de la Culture.

Au fil du temps, les besoins se sont accumulés, les matériels sont devenus vétustes et même le bâtiment en lui-même nécessite une réhabilitation. « Nous n’avons pas ici des matériels de sonorisation et tous les artistes vont à l’institut français. Imaginez le manque à gagner », poursuit-elle.

Baba Moustapha emploie une dizaine de personnes dont certains sont des agents de l’Etat à qui il faut assurer un salaire pour les uns et des primes pour les autres. Mais les frais de location de la salle de réunion, de conférence ou de celle de spectacle qui sont les seules recettes qui permettent au centre de tenir ne permettent aucunement de couvrir toutes les charges.

Et les partenaires se font rares. Selon la responsable, plusieurs demandes de financement ont été déposées dans les ambassades et ONGs mais sont restées sans suite.

Depuis 2022, l’Unicef et l’ONG ACCRA ont sollicité la Maison pour les appuyer dans le cadre de leurs activités liées pour la sensibilisation à la paix et le dépistage du VIH dans le milieu jeune.

L’animateur, assis sur un tabouret devant un téléviseur, se dit content de voir un journaliste s’intéresser à leurs conditions de travail. « Il n’y a rien ici. On est manqué de tout. Est-ce-que tu as bien visité toutes les salles ? », nous demande-t-il.

Malgré les difficultés, la directrice ne manque pas d’ambitions. « Nos projets vont surtout dans le sens de la formation des jeunes dans le domaine de l’entrepreneuriat, en informatique, en couture pour les jeunes filles mères mais aussi la sensibilisation des jeunes pour la culture de la paix et la cohabitation pacifique en cette période de transition. Mais malheureusement on n’a pas les moyens de le faire » regrette-t-elle.

Historique de la Maison de la culture Baba Moustapha

D’abord un établissement scolaire à sa création dans les années 60 puis transformée en Maison de fête en 1987 avant d’être baptisée la Maison de la culture Baba Moustapha en 2005, nom d’un écrivain. Cette structure est donc créée pour qu’il soit un lieu de culture, de lecture, d’éducation, de formation et de loisir pour les Tchadiens en général et les jeunes en particulier.

« Vous voyez le rôle que joue cette Maison mais lorsqu’on demande aux autorités de nous aider, on nous dit que nous sommes des ‘’fanani sakit’’ [des simples chanteurs] » désespère-t-elle.