Le Sahel souffre du terrorisme

Le Sahel souffre du terrorisme

Un double attentat a ébranlé dans la nuit de mardi à mercredi Gao, dans le nord du Mali. Pour la première fois, un camp de la MINUSMA (mission de l’ONU au Mali) a été la cible d’une attaque nocturne. Dans un autre quartier, les locaux d’un prestataire de service du Service de lutte anti-mines des Nations Unies (UNMAS) ont essuyé des tirs à l’arme légère. Le bilan de ce double attentat: quatre morts, dont un casque bleu chinois, attentat revendiqué par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).

Juste un jour après, à Mogadiscio, capitale de Somalie, l’hôtel Ambassador, fréquenté par des membres du gouvernement, a fait l’objet d’un attentat meurtrier, au moins 15 morts et une trentaine de blessés. Les auteurs appartiennent au groupe terroriste Al-Shabaab.

Le même jour, au moins neuf civils ont été tués et 13 autres blessés dans une attaque commise par Boko Haram dans le sud-est du Niger, près de sa frontière avec le Nigeria.

Trop facile de parler d’une coïncidence ? Les trois pays touchés se trouvent en fait tous dans une région qui s’appelle le Sahel, qui souffre d’une recrudescence du terrorisme.

De l’Atlantique à la mer Rouge, passant du Sahara vers l’Afrique sub-saharienne, cette région couvre une dizaine de pays, Mauritanie, Sénégal, Mali, Burkina Faso, Niger, Nigeria, Tchad, Erythrée, Somalie …, où sévit divers groupes terroriste comme Boko Haram, Al-Shabab, et Aqmi, qui sort de sa zone d’action traditionnelle du Maghreb pour semer la terreur dans différents pays d’Afrique de l’Ouest.

Jusqu’à la fin de novembre dernier, presque 100 attentats terroristes ont eu lieu en 2015 en Afrique, la plupart dans la région du Sahel, soit environ un tiers des attaques terroristes dans le monde.

Pour la seule seconde quinzaine du mois de mai au Mali, au moins une vingtaine de personnes, dont des militaires maliens, des casques bleus, et des civils travaillant pour les Nations unies, ont perdu la vie dans divers actes terroristes au nord et au centre du pays.

Basé dans le nord du Nigeria, Boko Haram a poussé plus de 2,5 millions de personnes à fuir leur foyer, et 200.000 réfugiés dans des pays voisins, selon l’ONU.

PAUVRETE, EXTREMISME, CONFLITS ARMES…

La pauvreté marque une raison importante du terrorisme. Selon un rapport de la Commission européenne publié en avril 2016, environ 20% de la population dans la région, c’est-à-dire au moins 25 millions de personnes, sont considérées comme étant extrêmement pauvres. Pour couvrir les besoins fondamentaux, de plus en plus d’habitants locaux participent aux trafics de drogues et d’armes, à la traite des être humains et à l’enlèvement, même à des groupes terroristes.

L’expansion de l’extrémisme est d’autant plus préoccupante, qui accapare facilement des jeunes désespérés. En arabe, le mot sahel signifie la frontière. Cette frontière recule de plus en plus devant la montée de l’extrémisme en Afrique du Nord, accentuée par la chute du régime Kadhafi en Libye suivie d’une dispersion d’un important arsénal dans la nature, facilement accessible pour les terroristes…

Au Mali, l’application de l’accord de paix et la réconciliation nationale qui traînent, préoccupent la communauté internationale. La situation sécuritaire dans les pays du Sahel et les récents attentats ont été le centre des discussions entre le président malien Ibrahim Boubacar Keïta et le représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel, Mohamed Ibn Chambas, récemment à Bamako.

Le 26 mai au Conseil de sécurité de l’ONU à New York, le représentant chinois Wu Haitao, a appelé la communauté internationale à promouvoir activement une coopération dans la lutte contre le terrorisme dans la région du Sahel. Elle “doit soutenir les efforts antiterroristes des pays de la région et, en particulier, renforcer les moyens de façon complète en fonction de leurs besoins de sécurité spécifiques”.

Pour déraciner le terrorisme, le développement socio-économique est à ne jamais négliger. M. Wu a noté que les pays de la région devraient tirer parti de l’Agenda 2030 pour le développement durable de l’ONU, adaptant localement leurs propres programmes et stratégies en la matière.

Face au terrorisme, l’ex-Premier ministre malien Moussa Mara s’est prononcé pour “une riposte rigoureuse, déterminée, durable et adaptée”. “Il faut intégrer le renseignement, collaborer avec les populations, associer les leaders et organisations religieuses, allier le savoir-faire technologique et les possibilités socio-culturelles fournies par nos communauté et notre organisation sociale”.

“C’est une lutte de long terme”, a-t-il souligné.

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