Lac Tchad : après la victoire militaire contre Boko Haram, le défi humanitaire

Lac Tchad : après la victoire militaire contre Boko Haram, le défi humanitaire

Si les armées des pays de la région du Lac Tchad ont réussi à affaiblir considérablement la secte terroriste Boko Haram, à défaut de l’anéantir totalement, la situation humanitaire reste préoccupante et appelle une stratégie commune des Etats concernés et de leurs partenaires humanitaires.

Au cours de cette semaine, les chefs des services de renseignements et de sécurité, les chefs d’état-major des armées et les ministres de la Défense des pays membres de la Communauté du bassin du Lac Tchad (CBLT, regroupant le Cameroun, le Niger, le Nigeria et le Tchad), ainsi que du Bénin, se sont réunis à tour de rôle à N’Djamena, capitale du Tchad. Ils ont évalué la situation sécuritaire qui prévaut dans le bassin du Lac Tchad et examiné un plan d’opérations futures contre la secte terroriste nigériane Boko Haram.

“La situation est calme dans la région du Lac Tchad mais reste volatile et très imprévisible. Les actions menées par la force mixte multinationale en coordination avec les pays contributeurs de troupes ont significativement réduit les capacités opérationnelles des terroristes de Boko Haram”, précise le communiqué final de la réunion des ministres.

Toutefois, les éléments de la secte terroriste sont à présent limités à la pose des engins explosifs improvisés, aux attaques kamikazes, aux incursions dans les villages éloignées à la recherche des ravitaillements en vivres, armes et munitions, et aux actes de prédation. L’on évolue progressivement vers la phase de stabilisation et de retour à la vie normale avec le desserrement encadré des frontières communes des pays concernés.

“Il est nécessaire de sécuriser davantage les zones affectées par la secte Boko Haram”, a insisté Sanusi Imran Abdhulahi, secrétaire exécutif de la CBLT, par ailleurs chef de mission de la force multinationale mixte. “Pour ce faire, l’élaboration des stratégies nouvelles et durables permettra de gérer la situation post-conflit basée sur les actions de développement”, a-t-il précisé.

Pour lutter contre Boko Haram, les pays membres de la Commission du bassin du Lac Tchad et le Bénin ont créé une force commune forte de 8.700 hommes et dont le quartier général est fixé à N’Djamena.

Si tous les pays et leurs partenaires reconnaissent qu’il y a aujourd’hui une accalmie sur le terrain sécuritaire, “la situation humanitaire générée par ce conflit demeure préoccupante du fait que les conditions de vie des populations touchées restent précaires et au regard des difficultés énormes qu’éprouvent les Etats à gérer les réfugiés, les déplacés, les repentis et les terroristes détenus”, ont reconnu les ministres de la Défense. 7,2 millions de personnes sont dans une situation de crise alimentaire.

Afin de parvenir à une stabilisation réussie de la région du Lac Tchad, l’Union africaine et la CBLT avaient organisé, il y a un mois dans la capitale tchadienne, une conférence pour l’élaboration d’un cadre stratégique en faveur de cette région. La deuxième conférence (dont la date n’est pas encore connue à ce jour) permettra de finaliser le cadre et la troisième et dernière de le valider au niveau politique.

La conférence qui avait réuni environ 200 participants, y compris des représentants des agences de l’ONU du Cameroun, du Nigeria et du Tchad, s’était accordée sur quelques principes clés qui guideront le développement et la mise en œuvre de la stratégie, notamment l’appropriation nationale et régionale de la stratégie, le leadership national, régional et continental, la redevabilité mutuelle, le renforcement du partenariat, l’intégration de l’aspect genre, et l’adhésion aux instruments régionaux, continentaux et internationaux relatifs aux droits humains.

Lors de la réunion de N’Djamena, plusieurs organisations (l’Union africaine, la Banque mondiale, la CBLT, la direction exécutive du Comité contre le terrorisme -CTED- des Nations Unies et l’OIM avec un financement du Bureau de la population, des réfugiés et des migrations -BPRM- du gouvernement américain) ont présenté leur engagement en faveur de la stabilisation et du développement dans la région, notamment pour l’appui à un processus régional de désengagement, déradicalisation, réhabilitation, réintégration et réinsertion (DDRRR) pour les personnes anciennement associées aux groupes armés.

Des recommandations avaient été formulées, en lien avec les différents domaines prioritaires. L’action humanitaire et la consolidation des acquis ont été érigées en priorités. La conférence a réitéré que toute coordination entre humanitaires et acteurs militaires devait être guidée par le principe de distinction et la neutralité des interventions humanitaires.

La communauté humanitaire a d’ailleurs souligné l’importance de respecter ce principe de distinction, notamment par la force multinationale mixte qui doit s’abstenir de mettre en œuvre des activités à caractère humanitaire.

“Le développement local et l’accès aux services pour tous dans le bassin du lac Tchad était un impératif et un élément essentiel pour la stabilisation de la région”, a insisté la communauté humanitaire. Au premier semestre 2017, elle avait proposé des priorités opérationnelles pour des solutions durables dans la région du Lac, qui soulignent l’importance d’accompagner les retours volontaires et la mise en œuvre de solutions durables, dans un contexte sécurisé, et d’assurer une réponse adéquate aux besoins les plus urgents des populations hôtes et en déplacement (y compris les réfugiés).

Il s’agit également de renforcer leurs moyens d’existence en vue de leur autosuffisance, et de relancer l’économie locale. Il est aussi question d’améliorer l’accès aux services sociaux de base à travers la consolidation des structures locales déjà existantes.

Mais sans un soutien adéquat des bailleurs, il sera très difficile de mettre en œuvre ces recommandations visant le retour à la normalité dans la région du Lac Tchad. Sur les 589 millions de dollars de fonds requis, seuls 36% ont été financés.

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